Après plusieurs mois d’une lecture parfois fastidieuse, j’ai enfin terminé Le Jardin d’acclimatation d’Yves Navarre, prix Goncourt 1980. Un roman que je suis heureux d’avoir lu… et peut-être encore plus heureux d’avoir terminé.

Une langue magnifique
Pour faire bref, je dirais que ce livre fut pour moi un très bel ennui.
Très bel ennui, parce que le style est impeccable. Les phrases sont travaillées, sans facilité de langage. Yves Navarre possède une véritable capacité à installer les situations, à prendre son temps, à développer ses personnages et leurs pensées.
Il y a dans ce roman une langue très pure, très douce, extrêmement littéraire. Une langue qui, il faut aussi le reconnaître, peut paraître aujourd’hui un peu désuète.
Lorsque j’ai terminé ma lecture, j’ai publié une photo en story en disant, grosso modo, qu’Yves Navarre avait été oublié par à peu près tout le monde, sauf peut-être par les gays de plus de soixante ans, et que son style avait quelque peu vieilli.
Un monsieur m’est alors tombé dessus, sans même prendre la peine de me saluer :
« Comment pouvez-vous dire ça, vous qui vous prenez pour un écrivain ? »
Bon. Je ne vois pas très bien en quoi écrire m’interdirait de m’ennuyer en lisant ceux des autres. Croyez-moi, des collègues se sont ennuyés en me lisant^^
Yves Navarre, une figure importante de la littérature homosexuelle
Car je sais parfaitement ce qu’Yves Navarre représente.
Il fut une figure majeure pour les homosexuels des années 1970 et 1980, et encore au début des années 1990. Son œuvre occupe une place importante dans l’histoire de la littérature française et, plus particulièrement, dans celle de la littérature LGBT.
C’est précisément pour cela que je voulais lire son Goncourt. Par curiosité, bien sûr, mais aussi pour comprendre ce qu’il avait représenté et ce qu’il avait apporté.
Mais reconnaître l’importance d’un écrivain oblige-t-il à aimer tous ses livres ?
Heureusement que non.
Beaucoup, beaucoup, beaucoup de longueurs
Le Jardin d’acclimatation est le troisième livre que je lis d’Yves Navarre et, malgré toutes ses qualités, je lui ai trouvé beaucoup, beaucoup, beaucoup de longueurs.
Au point de décrocher parfois, d’accélérer ma lecture à d’autres moments et, surtout, de mettre plusieurs mois à en venir à bout.
Yves Navarre prend son temps. Beaucoup de temps.
L’intrigue, pourtant, pourrait presque tenir en quelques lignes. Une famille bourgeoise : le père, la sœur et quatre enfants. Le petit dernier, Bertrand, est homosexuel. Un drame survient. Vingt ans plus tard, le jour de son anniversaire, les membres de cette famille désormais dispersée, isolés les uns des autres et vivant aux quatre coins du monde, pensent à lui, à ce jour et à ce qu’est devenu Bertrand.
Le roman avance ainsi par les souvenirs, les silences, les blessures et les pensées de chacun.
C’est beau. C’est délicat. C’est parfois bouleversant. En tant qu’auteur LGBT, des passages me touchent :
« Nous serons toujours en marge parce que nous tenons à cette marge. Notre identité est avant tout dans le masque, l’interdit, et la nuit. Nous serons toujours réprimés car nous réprimons.«
Content de l’avoir lu… et terminé
Voilà donc un livre que je suis content d’avoir lu et que je suis tout aussi content d’avoir terminé.
Je ne regrette absolument pas cette lecture. Elle m’a permis de poursuivre ma découverte d’un auteur qui mérite certainement davantage que l’oubli relatif dans lequel il est tombé. Et je continuerai probablement à lire Yves Navarre, en allant peut-être chercher du côté de ses textes plus courts.
Mais Le Jardin d’acclimatation ne fera pas partie de mes grands coups de cœur.
On peut respecter un écrivain sans l’admirer aveuglément. On peut reconnaître l’importance d’une œuvre sans aimer chacun de ses livres. Et on peut même trouver un roman magnifique tout en s’y ennuyant profondément.
C’est peut-être ça, finalement, un très bel ennui.
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