La Route de la joie ou la création d’une école en Inde, d’Hélène Khim-Tit

Namasté Hélène Khim-Tit, je vous remercie pour cet échange, qui se compose de réflexions et de questions. J’ai lu votre livre avec intérêt. Je trouve tout d’abord que la première partie de la quatrième de couverture ne donne pas une image fidèle du livre. En effet, il sous-tend un récit de voyage d’une femme meurtrie. Or, le voyage avant Fatehpur Sikri est évoqué sur trois chapitres et vous vous êtes montrée très pudique sur votre passé….

Comme c’est souvent le cas, ce n’est pas moi qui ai rédigé le texte en quatrième de couverture. Il correspond à la vision que le rédacteur a de mon récit. Je le dis dans le livre : le deuil stigmatise et je ne peux empêcher que l’on m’associe aux épreuves que j’ai connues – le décès de mon mari et de mon fils – Elles sont constitutives de la personne que je suis aujourd’hui, même si agir est pour moi le meilleur moyen de tenir la souffrance à distance.

J’ai apprécié que vous ne centriez pas le livre sur vous, ainsi vous avez évité l’écueil de l’Occidentale qui crée une école là-bas, écueil dont vous aviez conscience. En revanche, j’aurais aimé en savoir plus sur vous, je reste sur ma faim. Suis-je un lecteur trop curieux ?^^

J’ai pourtant le sentiment d’en avoir dit beaucoup sur moi ^^ L’objet du livre est la création de l’école et l’aventure collective qu’ont engendrées les rencontres que j’ai faites lors de mon premier voyage en Inde.

Votre récit est court, parfois succinct. J’aurais aimé en savoir plus sur la création de l’école, ça aurait été une mine d’informations. Pourquoi ne pas avoir donné ici aussi plus de détails, notamment avec humour ?

J’ai toujours la crainte de donner trop de détails… J’ai écrit deux romans, eux aussi très courts ! J’aime laisser le lecteur libre de poursuivre sa lecture au gré des images que celle-ci suscite. Un de mes livres préférés est « Le Fusil de chasse » de Yasushi Inoué. Sans doute le roman le plus court qui soit. Je conçois néanmoins que le manque de détails puisse être frustrant dans un récit. Je veillerai à ce que le prochain soit plus descriptif…
Quant à l’absence d’humour, c’est lié à l’état d’esprit dans lequel j’étais pendant que j’écrivais le livre. A cette période, nous nous battions avec le propriétaire pour ne pas perdre les locaux pour la deuxième fois… Il avait détruit le bâtiment qu’il nous avait permis de réhabiliter, nous le savions capable de nous expulser sans préavis de ce nouveau lieu qu’il nous louait. Ses menaces étaient quotidiennes parce que des personnes lui laissaient entendre qu’elles pourraient lui payer un meilleur loyer…

Là où vous vous attardez plus et avec succès, c’est sur la méthode pédagogique de l’école. Pouvez-vous la résumer s’il vous plaît ?

Elle est basée sur l’accompagnement individuel dans la joie. Nous bannissons les punitions, qui empêchent les élèves de s’épanouir. L’apprentissage doit être un plaisir, pas un stress. C’est pour cela que même en primaire les enseignants fonctionnent comme les professeurs du secondaire. Ils dispensent leurs matières préférées et cela fonctionne de façon très harmonieuse. Dans une matinée les élèves ont au moins trois professeurs différents. Cela évite la monotonie qui engendre le manque d’attention. Les enfants ont grandi dans la rue et il leur est très difficile de se concentrer. Nous souhaitons qu’ils puissent révéler leur plus haut potentiel en développant la confiance en eux et l’autonomie. Qu’ils deviennent tous des citoyens prenant leur place dans la société. Notre méthode fonctionne très bien puisqu’en juin 2020 les plus grands ont tous été reçus à l’examen national de niveau 10 (l’équivalent de notre Brevet). En seulement cinq ans ils ont couvert les neuf années du cursus classique, allant du CP à la 3e.

Vous présentez des réflexions fort intéressantes, comme notre « société qui sait créer des besoins, mais ne donne pas les moyens de les assouvir ». Est-ce que vous ne seriez pas tentée d’écrire un essai ?

Oui, si j’avais le temps et le souffle nécessaire… Ce genre demande de savoir argumenter, démontrer, persuader. Ce que j’aime, c’est susciter une réflexion. Au lecteur de la prolonger.

Vous m’avez donné l’image d’une femme bienveillante, tolérante, féministe, moderne, généreuse. Toutefois, j’ai senti que le type de colère qui pouvait se retrouver chez vous était une « sainte » colère, une colère sociétale, contre les injustices. Je me trompe ?

Non, pas du tout ^^ Et j’aime le terme de colère sociétale. Mes actions sont ma façon de m’insurger contre le déterminisme social. L’école est née en grande partie de cette phrase que j’ai entendue : « Ces enfants sont pauvres et ils seront toujours pauvres ». Pour moi la pauvreté n’est pas une fatalité. Aider les élèves à être les acteurs économiques de demain est tout l’enjeu de notre méthode pédagogique.  

Revenos sur l’épisode où vous vous agacez parce qu’un enfant veut vous toucher les pieds. Or, ce n’est pas un signe de soumission. Les hindous croient que les qualités descendent de la tête aux pieds. J’ai touché les pieds de plusieurs Indiens (du directeur à l’aide-soignant), les enfants me le faisaient de temps et ma mère y a eu droit, en tant que mère âgée…

C’est le genre de maladresse que l’on peut commettre lorsqu’on ne connaît pas bien une culture. Et pourtant je suis toujours attentive à ne pas heurter les gens que je rencontre. J’ai eu cette réaction épidermique en réponse à la fatuité du directeur qui me recevait dans son école. Les enfants ont d’abord touché ses pieds (j’ai même cru qu’ils voulaient les embrasser) et il a eu un air satisfait qui m’a profondément choquée. J’y ai vu l’arrogance d’un Européen fier d’être vénéré. Je trouve que, très souvent, les Indiens manifestent trop d’admiration à l’égard des Occidentaux…

En tant qu’auteur, j’adorerais que l’on me pose des questions sur le style, alors parlons-en, si vous le permettez. Vous avez écrit un récit, au passé composé, pourquoi ce choix plutôt que le présent ou le passé simple ?

Ce temps s’est imposé de lui-même pour relater des événements passés, mais le récit est entrecoupé de réflexions pour lesquelles j’emploie le présent. Pour vous répondre de façon plus complète, le passé composé m’est venu plus spontanément que le passé simple avec lequel je ne suis pas à l’aise pour une narration longue.

Il n’y a pas de dialogues, peu de descriptions, j’ai eu l’impression que vous aviez écrit une quinzaine de lettres, sans vous référer à un destinataire précis. Pourquoi ce choix ? Comment avez-vous travaillé ? Qu’est-ce qui a motivé le découpage des chapitres ?

Je ne voulais plus écrire pour me consacrer à nos actions dans le cadre de l’association. Mais on m’a sollicitée et mon livre est une réponse aux différentes questions que l’on me posait lors de rencontres ou de conférences. À côté de la dimension chronologique, de la genèse du projet à sa réalisation, mon récit est entrecoupé de réflexions suscitées par les événements que je décris. Une réflexion en a amené une autre et j’ai voulu consacrer à certaines un chapitre entier. L’idée que les chapitres puissent être considérés comme des lettres me plaît bien.  

Vous êtes présidente de l’association Sunrise France India qui s’occupe de l’école et qui mène aussi un atelier d’artisanat et une structure médicale itinérante. Comment pouvons-nous aider cette association ?

L’atelier d’artisanat et la structure médicale sont les deux autres volets de notre programme de lutte contre la pauvreté. Or faute d’espace suffisant ils ne peuvent fonctionner correctement pour le moment. Pour pérenniser nos actions, nous avons besoin d’acquérir un terrain sur lequel nous pourrons construire 5 classes, un atelier et une infirmerie. Nous avons une option sur un bâtiment à réhabiliter en centre-ville. Nous avons besoin d’un soutien financier. Le nom des donateurs figurera sur les murs de l’école.Il est aussi possible de parrainer une scolarité (25 € par mois – soit 8,50 € après déduction fiscale) pour accompagner les enfants sur le long terme, jusque dans leurs études universitaires ou l’apprentissage d’un métier.

Merci Hélène Khim-Tit pour cette interview.

Vous pouvez commandez le livre ici :

Dans la chambre obscure, R.K. Narayan

Voici un parfait exemple d’un livre imparfait qui m’a pourtant comblé. Certes, le récit est un peu court, de nombreux passages ou personnages auraient pu être développés. Par exemple, les deux amies sont un peu des personnages en « carton-pâte » et les dernières pages sont abruptes. Narayan est avare en description pour tous ceux qui en raffolent.

Néanmoins, avec moi, ce livre fonctionne car je considère que le lecteur doit être actif. Si l’auteur doit le prendre par la main, qu’il le laisse aussi gambader à sa guise ! Peu importe que la fin d’un livre ne soit pas claire, c’est au lecteur d’imaginer la sienne. Le personnage de Savitri, cette dame qui décide de fuir un mari horripilant, n’appartient plus à l’auteur. J’ai ressenti cela lors de l’écriture de mon deuxième livre. Je pense que Narayan a donné le meilleur de lui pour laisser le lecteur prendre possession de Savitri.

La prouesse de ce livre, publié en 1938, est de paraître contemporain. Dans la chambre obscure n’a pas mal vieilli. Il est très difficile de faire simple et Narayan donne une leçon à tous les styles prétentieux. Narayan fustige la condition des femmes en Inde, des phrases sorties de son contexte pourraient choquer :

Quelle différence y-a-t-il entre une prostituée et une femme mariée? La prostituée change d’hommes, la femme mariée n’en change pas, mais c’est tout, toutes les deux sont entretenues de la même façon.

Si vous fuyez les livres mièvres, celui-ci (non dénué d’un subtil humour) est pour vous. Vous pouvez le commandez ici :

La petite mariée suivi de Nuage et soleil, de Rabindranath Tagore

Premier contact avec ce prix Nobel de littérature, qui lui a été décerné en 1913. Je n’ai pas été déçu. Ces deux nouvelles relatent deux histoires d’amour, avec des personnages féminins libres, courageuses, mais capricieuses et immatures (nous sommes au Bengale au début du XXe siècle) face à des hommes droits et respectables. J’ai préféré l’histoire de La petite mariée, car le combat judiciaire dans Nuage et soleil m’a paru plus tortueux et je n’ai pas perçu plusieurs détails. Pour le reste, ces deux nouvelles se lisent en une heure, sans difficulté. Tagore est un poète et prouve que l’on peut écrire avec élégance, soin et douceur, sans être prétentieux.

L’histoire est bonne, le style est bon, mais qu’est-ce qui fait selon moi le talent de Tagore dans ces deux nouvelles ? À voir si cela se reproduit dans ses autres écrits : Tagore cerne les hommes, nous cerne. Tagore a pu lire Balzac et Houellebecq a probablement lu Tagore. Alors que Houellebecq prend un certain plaisir à choquer, à envoyer son poing au visage du lecteur, Tagore murmure ses critiques avec force :

Quand son père voulut faire appel, Sashibhusan le lui défendit avec insistance : « La prison est bienvenue », dit-il, « les barreaux de fer ne mentent pas, tandis que cette liberté que nous avons au dehors nous déçoit et nous attire toutes sortes d’ennuis. Et si nous parlons de bonne compagnie, les menteurs et les lâches sont, en comparaison, moins nombreux à l’intérieur parce qu’il y a moins de place, au-dehors leur nombre est beaucoup plus grand. »

Je lirai encore cet auteur. Est-ce que vous auriez un autre ouvrage de cet auteur à nous conseiller ?

Vous pouvez commander cet ouvrage ici :

Le Mahabharata, Jean-Claude Carrière

Je suis ravi d’avoir lu ce livre et d’avoir enfin compris quelques notions de l’hindouisme. Si vous êtes comme moi, d’un naturel curieux, mais guère patient pour étudier des textes philosophiques ou religieux, ce livre est fait pour vous. J’ai vécu en Inde et j’étais perdu lors des processions religieuses.

Pièce de théâtre jouée lors du festival d’Avignon en 1985, film et adaptation télévisée, Jean-Claude Carrière signe un livre puis une bande dessinée. N’oubliez pas de lire la présentation rédigée par l’auteur lui-même, car il nous explique comment il a exploré ce conte pendant des années.

C’est quoi Le Mahabharata ? C’est un texte sacré, le plus long poème au monde (18 fois la Bible) qui relate l’affrontement entre deux familles de rois, de princes, de dieux, de demi-dieux, de créatures… Jean-Claude Carrière l’a simplifié, son travail est magnifique, car il est très dur de simplifier.

La lecture est aisée, même si on se perd un peu entre les 16 personnages principaux. J’aurais apprécié une présentation de chaque personnage à la fin du livre. J’ai dû chercher sur internet et ils l’ont fait pour la bande dessinée, que je veux lire, d’ailleurs, tant le dessin nous aidera à comprendre. La bande dessinée, un art majeur.

Voilà, j’ai désormais quelques notions sur cette œuvre exceptionnelle de la littérature sanscrite. Un premier pas. Vous auriez une œuvre à nous conseiller pour un deuxième ?

Vous trouverez les ouvrages mentionnés ici :

Grand-père avait un éléphant de Vaikom Muhammad Basheer

Voici un conte (court, il se lit en moins de deux heures) traduit du malayalam, une langue parlée notamment dans le Kérala. Vaikom Muhammad Basheer est un auteur connu en Inde, une figure indépendantiste.

C’est l’histoire d’une riche jeune fille dont la famille de notables musulmans perd tout. Ses parents cherchaient un homme riche, de grande famille, et très croyant. Désormais, que va-t-elle devenir ?

Je ne sais pas si c’est la traduction, mais le style de l’auteur ne m’a pas transporté autant que celui d’Omair Ahmad dans Le Conteur.

En revanche, l’intérêt de ce livre est de rappeler, s’il fallait le faire, que l’Inde est un grand pays musulman, comme je l’ai vite compris pendant mon séjour à Ajmer, ville sainte de l’Islam. Vaikom Muhammad Basheer critique une conception rigoriste de la religion à travers le personnage de la mère, une femme hautaine, méchante, agressive et intolérante alors que la jeune fille, le père et les voisins pratiquent un islam de paix, d’amour et de générosité.

Vous pouvez l’acheter ici, ainsi que le Conteur :

La Cité de la joie, de Dominique Lapierre

En 1992, j’ai vu le film et j’ai lu le livre. J’avais 10 ans. L’ai-je vraiment lu ? Je me rappelle l’avoir eu entre mes mains, lu quelques pages, mais suis-je allé au bout ? Je n’ai pas pu tout comprendre, il se peut que je l’aie lu avec mon regard d’enfant. J’ai sûrement saisi l’essentiel : un prêtre français, un Indien tireur de rickshaw et un médecin américain arrive dans ce quartier où règne la grande misère. Le religieux veut ressentir toute sa foi, épurée des conditions matérielles. L’Indien doit nourrir sa famille après avoir dû quitter ses terres. Le médecin cherche à vivre une forte expérience avant de rejoindre sa vie dorée à Miami.

Trente ans plus tard, je le relis. L’Inde a changé et moi aussi. Certains reprochent à ce livre d’être misérabiliste et d’avoir donné une mauvaise image de l’Inde. Dominique Lapierre en est conscient et avertit le lecteur.

De toute manière, est-ce la faute d’un auteur si des lecteurs extrapolent ? Un livre sur la France rurale n’aurait rien à voir avec celle des banlieues, et pourtant c’est la France. Il faut méconnaître l’Inde pour croire que l’Inde de Calcutta des années 1970 représente Calcutta en 2020 et a fortiori, le reste de l’Inde qui est un sous-continent, vaste et complexe. Je n’ai connu qu’une goutte d’eau de l’océan Indien, comme professeur dans un collège huppé, et toute une vie ne suffirait pas. Toutefois, j’ai été ravi de retrouver les méandres de l’Administration indienne « Please, sit », « Have a tea », « tomorrow ». Et La Cité de la joie prouve encore que les Indiens acceptent toutes les religions ou les sectes. Le pire semble pour eux l’absence de religion.

Ce livre, loin d’avoir mal vieilli, reste un livre catholique, je veux dire par là « universel » (katholikos = universel en grec). Oui, Dominique Lapierre croit surement en Dieu. Jean-Paul II trouvait que ce livre est « une leçon d’espoir et de foi pour le monde ». L’auteur s’est inspiré de deux religieux occidentaux pour créer le personnage du prêtre. J’imagine bien que ces hommes en prêchant la bonne parole ont converti des Indiens. Il ne l’écrit pas dans le livre, au contraire, car cela rendrait le prêtre agaçant.

Le style de Dominique Lapierre se montre toujours aussi clair et précis. Un point particulier : il sait restituer des monologues, des témoignages, en les insérant dans le texte, avec juste des guillemets français « » puis des guillemets anglais « » pour un dialogue à l’intérieur.

Gandhi aurait aimé ce livre pour la tolérance, l’amour, la simplicité qu’il prône, sans être naïf. Ce qui doit énerver certains est qu’un aussi bel ouvrage soit le fruit d’un Occidental, suivant le créneau de « Les Indiens écrivent mieux sur leur propre pays ». Avec un tel raisonnement, Patrick Süskind n’aurait pas pu offrir son chef-d’œuvre, Le Parfum.

40 millions d’exemplaires vendus pour La Cité de la joie et il ne cessera jamais d’être lu.

Vous pouvez l’acheter ici :

Objectif Express Nouvelle édition (1 et 2) : Livre de l’élève + DVD-ROM

Pour changer de manuel, je suis en train d’utiliser la version numérique de cet ouvrage de Français sur Objectif Spécifique (FOS).

Ce que j’aime :

  • La présentation : claire, nette et professionnelle. C’est un beau livre, très agréable à travailler et bien conçu pour les professeurs et apprenants. Contrairement à d’autres livres, si je dis « lisez l’exercice 1 », les apprenants ne sont pas perdus.
  • Je ne vois pas de coquilles comme j’en ai vu trop souvent.
  • Les différentes activités : concrètes et précises. J’apprécie beaucoup de focaliser l’apprentissage par des expressions. Les exercices oraux sont guidés et cela permet de vaincre la timidité ou les blocages de certains.
  • La qualité des audios et vidéos : naturels et dynamiques.

Ce que je n’aime pas ou moins :

  • Je n’ai pas trouvé sur la version numérique les réponses aux exercices.
  • Un petit problème pour zoomer même s’il y a une touche pour cela.
  • Les audios sont sur CD. Les maisons d’édition qui mettent encore les audios sur CD presque 10 ans après le premier IPad ont pris un léger retard. C’est fini l’enseignement avec le poste CD (vieux, ne marchant presque plus) et les ordinateurs n’ont plus de lecteur CD. Il est vraiment temps de passer à la clé USB ou de permettre à l’enseignant et l’apprenant de télécharger les audios et vidéos en ligne.
  • Il manque des exercices : mais pour cela, le Cahier d’activités est là. J’imagine qu’ils séparent les deux pour que le Livre de l’élève ne soit pas onéreux. Et ce cahier est vraiment très bon, rien à dire !

En tout cas, un grand merci à Hachette pour ce manuel très bien conçu !

Vous pouvez les acheter ici :

Fous de l’Inde, Régis Airault

J’ai lu ce livre en portugais, je ne vous promets pas d’avoir compris toutes les subtilités d’un essai qui se veut scientifique. Ce livre pourrait être un mémoire ou une thèse remaniée. Je partage les commentaires négatifs lus ici et là. C’est un livre répétitif, qui peut laisser sur la faim les férus de psychologie et lasser les autres. Je ne suis pas sûr que l’auteur soit parvenu à réussir son pari : un livre à la fois académique et grand public.

Malgré cela, ses réflexions expliquent notamment comment les « fous » qui arrivent en Inde évoluent en pire ou comment des personnes lambda développent des névroses sur place qui disparaissent après le rapatriement. Souvent, la drogue fut le détonateur. L’auteur évoque beaucoup Goa. Je n’y suis jamais allé, ce n’est pas l’Inde que j’ai connue et franchement, depuis que je lis des récits sur cette région, ce n’est pas ma priorité. Ça vaut vraiment le voyage ? Si c’est pour côtoyer des hippies occidentaux, j’en ai vu à Pushkar.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, parce que je me sentais concerné, est son analyse des Occidentaux vivant en Inde pour le travail. L’auteur a beaucoup d’empathie et paraît d’une grande bienveillance pour toutes ses personnes qu’il a soignées. Il a tout à fait raison de dire que les « expatriés » là-bas sont bloqués chez eux, le week-end, en raison des temps de trajet. Et quand ils sont en vacances, ils rentrent en Europe pour la famille et passent à côté de ce merveilleux pays. Moi, j’ai pu à la fois visiter l’Inde, mais je suis aussi parti en Chine voir ma sœur, car je n’en pouvais plus.

En conclusion, comme d’habitude, un livre pour tous les amoureux de l’Inde et les lecteurs d’essais en psychologie.

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Les tribulations de Caméliope, tome 1 : des banlieusards déjantés jouent au détective en Inde de Pauline Hirschauer

Tout d’abord, je tiens à dire que je ne promeus pas les livres d’auteurs peu connus pour qu’ils me renvoient la balle. Je les lis, car j’ai envie de découvrir leur univers. Je paye leurs ouvrages et je donne librement mon avis, sans craindre un éventuel retour de bâton.

Cela va être délicat de rédiger une chronique sur ce livre, car chacune de ses caractéristiques me plaît et me déplaît en même temps.

Le style de Pauline Hirschauer me laisse perplexe. J’apprécie le choix minutieux des mots et ses descriptions sont talentueuses. Cependant, j’étais de temps en temps perdu par certaines phrases, au début du roman surtout. Parfois, selon moi, il manque une virgule pour comprendre une tournure. Ce n’est pas facile à lire, au début, mais peu à peu, on s’y habitue. En tout cas, j’aime qu’elle prenne des risques, à partir d’aujourd’hui, je pourrai reconnaître son style parmi une dizaine. Et c’est le plus beau compliment que l’on puisse dire à un auteur : elle a son style. Oui, n’importe quel bêta-lecteur pourrait souligner son texte à foison pour mettre en évidence les phrases obscures, byzantines, ampoulées, mais je lui tire mon chapeau : elle écrit !

Je me suis comporté en lecteur, c’est-à-dire en une personne libre et active. J’ai donc sauté des pages, des passages entiers, m’arrêtant quand je sentais poindre une information importante. Le problème pour moi est que l’Inde n’arrive qu’au deux tiers du récit, même si des courriels d’une étudiante là-bas bienvenus parsèment la lecture dans les chapitres précédents. Je n’apprécie guère les pointes d’humour de l’auteur, par exemple, avec des noms bizarres de personnages, bien que son imagination nous procure un souffle d’air frais.

Quelle est donc l’histoire en Inde ? Une femme part avec une voisine et un autre voisin à la recherche de sa filleule, fille de sa voisine.

Et j’ai plutôt aimé le récit en Inde qui nous amène même en Assam, région que je ne connais pas. Pauline Hirschauer sait de quoi elle parle, elle s’est bien documentée sur place. Un peu trop d’ailleurs, de multiples parenthèses ralentissent la lecture pour nous expliquer chaque mot indien. Ce n’est pas grave, j’ai vraiment apprécié de retrouver l’Inde que je connais. Pas celle des clichés de couleurs et d’odeurs, mais celle des comportements indiens. La tasse de chai offerte au visiteur qui s’impatiente m’a fait penser à mes débuts au Mayo College. L’auteure s’attarderait un peu trop sur le ramassage des ordures là-bas, si on ne percevait pas ce point, que je partage avec elle : Pauline Hirschauer aime les Indiens, les petites mains ouvrières qui surgissent à chaque instant.

Je ne lirai pas la suite, car cela ne se passe plus en Inde, mais en conclusion, un livre surprenant et original. Lisez l’échantillon sur Amazon et vous verrez bien :

L’odeur de l’Inde, par Pier Paolo Pasolini

Je ne connaissais pas cet auteur et en lisant son « récit », je me suis dit « Il est gay ! ». Poète, journaliste, cinéaste, il serait mort assassiné par un gigolo sur un lieu de drague. Vous allez me dire : « On s’en fout ! ». Non, car justement, quand il aide Revi qui lui « prend la main », il faut lire entre les lignes. Ils ont eu une liaison charnelle, évidemment ! C’est pour cela qu’il tente de l’aider. Comme je le raconte dans mon livre (50 ans après, il m’est plus facile d’évoquer l’homosexualité), il est aisé de percevoir ce brûlant désir que les homosexuels indiens éprouvent. J’ai connu un Indien, d’autres m’ont accosté dans la rue, à l’hôtel, et j’avais l’impression d’être « une tarte au citron ». Pasolini avait mon âge lors de son voyage : 40 ans, et il était superbe.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, à mi-chemin entre L’Inde où j’ai vécu d’Alexandra David-Neel et Nue India d’Alexandre Bergamini, c’est la liberté de l’auteur. Il dit tout ce qu’il pense. De nos jours, tout écrivain sur l’Inde marche sur des œufs de peur de se faire traiter de néocolonialiste. Évidemment, Pasolini présente une vision occidentale de l’Inde. Il généralise beaucoup trop : « Il est vrai que les Indiens ne sont jamais joyeux : ils sourient souvent, c’est vrai, mais ce sont des sourires de douceur, non de gaieté ». Il croit connaître un pays à travers des promenades nocturnes alors qu’il a surtout passé son temps entouré de bourgeois dans des réceptions. D’ailleurs, pourquoi se promener le soir en Inde ? Un livre LGBT, je vous dis !

Le style est poétique, littéraire et comme il ne s’agit pas d’une histoire de A à Z, mais un mélange éparse de réflexions, ce livre, pourtant court, n’est pas simple à lire.

En conclusion, un livre engagé sur l’Inde, pour apercevoir ce pays dans ses années 1960, sans oublier qu’il s’agit d’un livre LGBT.