Je ne connaissais ni la comédienne ni l’autrice lorsque j’ai reçu ce service presse. Stock et moi, ce n’est pas toujours une grande histoire d’amour : j’ai détesté certains de leurs livres, dont le style m’a paru bâclé ou grotesque, et j’ai parfois l’impression que la notoriété d’un auteur suffit à justifier sa publication. Cette fois, pourtant, Rachida Brakni m’a réconcilié avec eux.
Son roman raconte l’histoire d’une galeriste à succès qui a gommé ses origines algériennes pour entrer dans le moule. Elle semble avoir obtenu tout ce qu’une femme ambitieuse pourrait souhaiter. Puis une rencontre ouvre une brèche. La part absente de son histoire, de son identité, finalement de sa vie, ressurgit.

Le livre est bien construit. Plusieurs voix s’y croisent, et une partie du récit se déroule en Algérie, notamment pendant la guerre d’indépendance. Ces passages m’ont ému, touché. Ils m’ont fait penser à L’Art de perdre, d’Alice Zeniter, que j’ai lu deux fois sans m’en rendre compte, mais qui ne m’avait jamais emballé malgré les critiques dithyrambiques. Sur ce terrain, je préfère le roman de Rachida Brakni. Les autres fils de l’histoire sont eux aussi menés avec adresse et subtilité. On peut être un peu perdu dans les premières pages, mais l’ensemble finit par très bien s’articuler.
Le style m’a agréablement surpris : je l’ai trouvé précis et travaillé. À une époque où certains auteurs ont recours à l’intelligence artificielle, je vais désormais me poser la question à chaque lecture. Ici, je n’en ai pas eu l’impression. J’ai senti un vrai travail d’écriture. Rachida Brakni remercie son agente littéraire ; elle a eu raison de s’entourer. Pour un deuxième livre, c’est un roman remarquablement maîtrisé.
J’ai tout de même une réserve, qui rejoint des critiques que j’ai lues ailleurs : les dialogues. Certains m’ont semblé artificiels, trop écrits pour sonner juste. Lorsque le beau-père raconte son histoire, par exemple, cela aurait pu faire l’objet d’un chapitre entier, comme c’est le cas pour d’autres personnages. Rachida Brakni est très à l’aise pour imaginer des situations et leur donner vie : j’aurais aimé découvrir ce passé de cette manière plutôt qu’à travers un dialogue. D’une façon générale, j’aurais apprécié des échanges plus spontanés, plus réalistes et parfois plus percutants.
Ce que j’ai particulièrement aimé, ce sont les messages politiques, amenés avec adresse. Une autrice peut exposer ses opinions frontalement pendant des pages et des pages, au risque de braquer le lecteur, qui cesse alors de l’écouter. Rachida Brakni choisit une autre voie : à travers de petites scènes ou anecdotes, elle diffuse ses idées et nous oblige à réfléchir. En tant qu’homme blanc et français, je me suis ainsi retrouvé à reconsidérer certaines choses que j’entends depuis des années et ma propre façon de les voir.
Bref, La Part absente est une réussite. Je le recommande à celles et ceux qui souhaitent à la fois réfléchir et lire l’histoire d’une femme qui a renié une part de son identité pour s’adapter au modèle dominant. Et quand on renie ses racines, on devient comme un arbre dont les feuilles tomberont au moindre vent.
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