Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé, Frédéric Beigbeder

Difficile de lire à tête reposée un auteur si médiatique, si exposé.

Je ne nie pas le talent littéraire de Beigbeder. J’avais lu 99 Francs et je l’avais apprécié. Oui, un quinquagénaire blanc, hétérosexuel et bourgeois peut écrire.

Certaines pensées font mouche, parfois drôles, parfois percutantes, parfois provocantes, rarement fades. Elles sauvent l’ensemble du naufrage et ont rendu ma lecture plutôt agréable.

Le premier chapitre « Je suis une victime » fut mon préféré alors que d’autres n’apportaient pas grand-chose à ce livre pourtant très court. J’apprécie la prise de risque, quoique je me sois agacé avec sa définition de l’homme hétérosexuel ; je ne le suis pas, hétérosexuel, mais je n’ai jamais vu mon entourage comme cela. Beigbeder n’est pas le centre du monde et même pas du sien, c’est ce qui est triste.

Les détracteurs de l’autoédition considèrent qu’un livre doit passer le filtre d’une maison d’édition, sans savoir que ces dernières poursuivent un premier objectif : le fric. 19.90 euros pour quelques lignes de billets de blog.

Oui, je préfère des auteurs engagés comme lui à d’autres, mais ne vous faites pas avoir ni par le titre ni par la photo. Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé est à emprunter à la bibliothèque ou à un quinquagénaire frustré séduit par la maquette.

Les Vertueux, Yasmina Khadra

Je vous présente encore un best-seller. Je ne les achète pas, je préfère aider d’autres auteurs, mais je les réserve à la bibliothèque.

Soyons clairs : Les Vertueux est un très bon livre. La vie de ce jeune Algérien de 1914 jusqu’à bien plus tard nous transporte. Les pages s’enchainent avec facilité et on veut connaître la suite. Le style de Yasmina Khadra présente un vocabulaire précis, technique et régional ; les descriptions sont efficaces parce simples, les réflexions mêlent des touches poétiques et philosophiques. Les rebondissements m’ont surpris, ce qui m’a permis de ne jamais m’ennuyer sur plus de 500 pages.

Toutefois, j’ai deux critiques principales à émettre sur ce livre, sans perdre de vue que la critique prend deux minutes et l’écriture des mois de travail.

Premièrement, je n’ai pas ressenti de grandes émotions. Ni colère avec les méchants du récit, ni tristesse alors que le protagoniste souffre tellement.

Deuxièmement, je trouve ce livre ou trop long ou trop court. Il aurait fallu le simplifier parfois (toutes ces batailles, par exemple) ou alors le rallonger (certains moments clés sont évacués en quelques pages). Pour moi, cette histoire, qui sera adaptée en film, ou mieux, en série, est une saga qui se rapproche de celles de Pierre Lemaitre sans atteindre leur niveau. J’aurais bien vu ce livre en plusieurs tomes, au moins deux.

Il n’empêche que vous pouvez lire ce livre avec plaisir et l’offrir sans risque. Bravo M. Khadra, ce n’est pas parce que je ne saute pas comme un cabri que je ne valorise pas votre travail.

Cher Connard, Virginie Despentes

Difficile d’échapper à cette œuvre avec un tel tapage médiatique. Despentes, je ne l’avais jamais lue. J’avais feuilleté çà et là des critiques si négatives, s’en prenant tout autant à l’autrice qu’à son travail.

Quand tout le monde aime un livre ou un film, mon esprit de contradiction me pousse à dire le contraire. Je me suis ennuyé à mourir devant le Sixième sens. Changer l’eau des fleurs, j’ai arrêté après 200 pages. Le Bleu du ciel, 400 pages.

On va tout de suite se mettre d’accord, ou presque.

  1. On ne lit pas Cher Connard pour le style de son autrice ou plutôt on ne peut pas crier au génie littéraire. J’ai entendu « punk », mais ce roman épistolaire ne brille en rien. Dire que c’est Grasset qui le publie, visiblement incapable de dialoguer avec son autrice ou de penser à autre chose qu’au fric pour se renier autant.
  2. On ne lit pas Cher Connard pour son histoire. Un écrivain moque le physique d’une actrice quinquagénaire par une publication Instagram. Cette dernière réagit violemment et des échanges de courriels se poursuivent.

Malgré cela, à ma grande surprise avec les a priori négatifs, j’ai apprécié cette lecture.

Pourquoi ? J’aime quand un écrivain me bouscule, je respecte la prise de risques. Oui, j’ai lu tout Houellebecq. Houellebecq présente toutefois parfois un style poétique, avec un registre de langage plus varié, qui me fait surligner certaines phrases. Avec Despentes, aucune phrase ne rentre dans ma mémoire, mais ses gifles distribuées à tout-va me procurent quelquefois un certain plaisir, même quand elles sont dirigées au lecteur. La différence entre Despentes et Houellebecq, c’est que ce dernier veut plaire au lecteur (on le voit avec Anéantir, plus grand public, donc plus ennuyeux). Despentes méprise ses lecteurs, comme un artiste qui aurait peint un tableau avec ses excréments.

Surtout, la lecture de Cher Connard a été entamée après Changer l’eau des fleurs, ce fut une chance pour ce livre. Tout simplement parce que le pire pour moi est la mièvrerie, le côté cul-cul-la-praloche. Et Cher Connard est tout sauf mièvre.

Despentes est une autrice que je relirai à l’occasion. Elle a sa place dans les autrices qui comptent parce qu’elle ne compte pas sur nous. Là, on reconnait une vraie artiste, libre, engagée et différente.