Lajja, Taslima Nasreen

Des milliers de Bangladeshis hindous subirent violences et persécutions par des musulmans en représailles de la destruction de la mosquée, Babri Masjid, à Ayodhya, en Inde, en 1992. Depuis la partition des Indes, en 1947, des vagues d’humiliations, destructions de biens, vols, viols et autres tortures et meurtres s’abattent sur les minorités religieuses. En Inde, ce sont les chrétiens et les musulmans qui en souffrent. Au Bangladesh et au Pakistan, les hindous.

Taslima Nasreen, médecin de formation, publie ce livre, Lajja (La honte), en imaginant le destin d’une famille hindoue au Bangladesh. L’originalité de cette famille est que le fils est détestable (un intellectuel oisif inconscient) et le père arc-bouté dans ses nobles principes qui ont dirigé toute sa vie. Ce roman est aussi un témoignage, qui relate des centaines d’exactions. Tous ceux qui ont lu le livre l’ont précisé : la répétition de ces faits est fastidieuse à lire. J’en ai lu quelques-uns, pour sauter des paragraphes entiers. L’autrice a voulu respecter chaque victime en écrivant son nom. Le lecteur se fera une idée du désastre, sans lire chaque nom, comme nous le faisons tous devant un monument aux morts.

Très sincèrement, la lecture de Lajja est laborieuse. Toutefois, je l’ai lu pour deux raisons.

Tout d’abord, par respect pour l’autrice, qui a reçu une fatwa pour ce livre jugé blasphématoire (je ne vois pas où) et pornographique. Je me suis dit « Ce n’est pas la peine d’afficher son soutien à Salman Rushdie si tu arrêtes de lire le travail d’une autre autrice qui vit à l’étranger depuis la fatwa ».

Ensuite, parce que j’aime l’Histoire et j’ai apprécié mener des recherches pour en apprendre davantage sur le Bangladesh. Lajja appartient à ces livres désagréables à lire, mais qui nous instruisent. C’est un livre politique, pour dénoncer les partis politiques extrémistes au Bangladesh et en Inde et l’hypocrisie des autres.

Le Châle de cachemire, Rosie Thomas

À la mort de son père, Mair trouve un superbe châle et se lance à la recherche de souvenirs concernant sa grand-mère maternelle qui vécut au Cachemire, avant l’Indépendance.

Ce livre, Prix du Grand Roman d’Angleterre, me rebutait pour deux raisons :

– Sa présence dans la bibliothèque de ma mère. J’aime ma mère, moins ses goûts littéraires. Je lui reproche de lire des livres gnangnans. Je ne vais pas citer les auteurs, mais regardez les étalages des supermarchés et les groupes Facebook. Tous les best-sellers mentionnés à longueur de publications, ma mère les adooooooore. Ma mère a lu mes livres, Bonjiour Miéssieur, Un prof en Inde et Les Dettes de Je, car je suis son fils, mais elle ne m’aurait jamais lu sinon et je pense qu’elle n’aime pas vraiment ce que je fais.

– L’unanimité pour décrire un « grand livre » auprès des amateurs de livres sur l’Inde. Plus un livre fait l’unanimité, moins j’ai de chance de l’aimer.

Pourtant, je l’ai apprécié moi aussi.

Tout d’abord, le style de Rosie Thomas m’a parfois plu, au moins en ce qui concerne les descriptions. Certaines images sont très efficaces : « Les rayons du soleil perçaient par la fenêtre, bordant le pull-over de Dylan d’un ourlet doré ». Voilà une phrase simple et bonne. En revanche, les nombreux « pains chauds délicieux » consommés par les protagonistes m’ont paru superfétatoires.

Ensuite, je lis enfin un livre sur l’actuel Ladakh et le Jammu-et-Cachemire. Le Jammu-et-Cachemire, j’en ai entendu parler lors de mon séjour en Inde en 2019, lorsque son statut spécial fut révoqué pour devenir un territoire de l’Union indienne. Le gouvernement Modi bloqua les communications dans cette région. Grâce à Rosie Thomas, j’ai été encouragé à entreprendre des recherches sur Srinagar et Leh et relire des passages de l’excellent Cette nuit la liberté de Dominique Lapierre et Larry Collins, un livre qui retrace l’indépendance de l’Inde, notamment les massacres entre hindous et musulmans.

Certes, je l’ai trouvé Le Châle de cachemire parfois un peu mièvre (par exemple la course de chars sur le lac gelé), l’éditeur aurait pu insérer un glossaire des termes étrangers, mais j’ai passé un agréable moment et lu avec fluidité ce pavé. Je recommande ce livre pour les amoureux de l’Inde que vous êtes pour lire cette chronique et ceux (celles plutôt) qui aiment des histoires d’amour dans des périodes historiques clés.