Dans la chambre obscure, R.K. Narayan

Voici un parfait exemple d’un livre imparfait qui m’a pourtant comblé. Certes, le récit est un peu court, de nombreux passages ou personnages auraient pu être développés. Par exemple, les deux amies sont un peu des personnages en « carton-pâte » et les dernières pages sont abruptes. Narayan est avare en description pour tous ceux qui en raffolent.

Néanmoins, avec moi, ce livre fonctionne car je considère que le lecteur doit être actif. Si l’auteur doit le prendre par la main, qu’il le laisse aussi gambader à sa guise ! Peu importe que la fin d’un livre ne soit pas claire, c’est au lecteur d’imaginer la sienne. Le personnage de Savitri, cette dame qui décide de fuir un mari horripilant, n’appartient plus à l’auteur. J’ai ressenti cela lors de l’écriture de mon deuxième livre. Je pense que Narayan a donné le meilleur de lui pour laisser le lecteur prendre possession de Savitri.

La prouesse de ce livre, publié en 1938, est de paraître contemporain. Dans la chambre obscure n’a pas mal vieilli. Il est très difficile de faire simple et Narayan donne une leçon à tous les styles prétentieux. Narayan fustige la condition des femmes en Inde, des phrases sorties de son contexte pourraient choquer :

Quelle différence y-a-t-il entre une prostituée et une femme mariée? La prostituée change d’hommes, la femme mariée n’en change pas, mais c’est tout, toutes les deux sont entretenues de la même façon.

Si vous fuyez les livres mièvres, celui-ci (non dénué d’un subtil humour) est pour vous. Vous pouvez le commandez ici :

La petite mariée suivi de Nuage et soleil, de Rabindranath Tagore

Premier contact avec ce prix Nobel de littérature, qui lui a été décerné en 1913. Je n’ai pas été déçu. Ces deux nouvelles relatent deux histoires d’amour, avec des personnages féminins libres, courageuses, mais capricieuses et immatures (nous sommes au Bengale au début du XXe siècle) face à des hommes droits et respectables. J’ai préféré l’histoire de La petite mariée, car le combat judiciaire dans Nuage et soleil m’a paru plus tortueux et je n’ai pas perçu plusieurs détails. Pour le reste, ces deux nouvelles se lisent en une heure, sans difficulté. Tagore est un poète et prouve que l’on peut écrire avec élégance, soin et douceur, sans être prétentieux.

L’histoire est bonne, le style est bon, mais qu’est-ce qui fait selon moi le talent de Tagore dans ces deux nouvelles ? À voir si cela se reproduit dans ses autres écrits : Tagore cerne les hommes, nous cerne. Tagore a pu lire Balzac et Houellebecq a probablement lu Tagore. Alors que Houellebecq prend un certain plaisir à choquer, à envoyer son poing au visage du lecteur, Tagore murmure ses critiques avec force :

Quand son père voulut faire appel, Sashibhusan le lui défendit avec insistance : « La prison est bienvenue », dit-il, « les barreaux de fer ne mentent pas, tandis que cette liberté que nous avons au dehors nous déçoit et nous attire toutes sortes d’ennuis. Et si nous parlons de bonne compagnie, les menteurs et les lâches sont, en comparaison, moins nombreux à l’intérieur parce qu’il y a moins de place, au-dehors leur nombre est beaucoup plus grand. »

Je lirai encore cet auteur. Est-ce que vous auriez un autre ouvrage de cet auteur à nous conseiller ?

Vous pouvez commander cet ouvrage ici :

Le Mahabharata, Jean-Claude Carrière

Je suis ravi d’avoir lu ce livre et d’avoir enfin compris quelques notions de l’hindouisme. Si vous êtes comme moi, d’un naturel curieux, mais guère patient pour étudier des textes philosophiques ou religieux, ce livre est fait pour vous. J’ai vécu en Inde et j’étais perdu lors des processions religieuses.

Pièce de théâtre jouée lors du festival d’Avignon en 1985, film et adaptation télévisée, Jean-Claude Carrière signe un livre puis une bande dessinée. N’oubliez pas de lire la présentation rédigée par l’auteur lui-même, car il nous explique comment il a exploré ce conte pendant des années.

C’est quoi Le Mahabharata ? C’est un texte sacré, le plus long poème au monde (18 fois la Bible) qui relate l’affrontement entre deux familles de rois, de princes, de dieux, de demi-dieux, de créatures… Jean-Claude Carrière l’a simplifié, son travail est magnifique, car il est très dur de simplifier.

La lecture est aisée, même si on se perd un peu entre les 16 personnages principaux. J’aurais apprécié une présentation de chaque personnage à la fin du livre. J’ai dû chercher sur internet et ils l’ont fait pour la bande dessinée, que je veux lire, d’ailleurs, tant le dessin nous aidera à comprendre. La bande dessinée, un art majeur.

Voilà, j’ai désormais quelques notions sur cette œuvre exceptionnelle de la littérature sanscrite. Un premier pas. Vous auriez une œuvre à nous conseiller pour un deuxième ?

Vous trouverez les ouvrages mentionnés ici :

Grand-père avait un éléphant de Vaikom Muhammad Basheer

Voici un conte (court, il se lit en moins de deux heures) traduit du malayalam, une langue parlée notamment dans le Kérala. Vaikom Muhammad Basheer est un auteur connu en Inde, une figure indépendantiste.

C’est l’histoire d’une riche jeune fille dont la famille de notables musulmans perd tout. Ses parents cherchaient un homme riche, de grande famille, et très croyant. Désormais, que va-t-elle devenir ?

Je ne sais pas si c’est la traduction, mais le style de l’auteur ne m’a pas transporté autant que celui d’Omair Ahmad dans Le Conteur.

En revanche, l’intérêt de ce livre est de rappeler, s’il fallait le faire, que l’Inde est un grand pays musulman, comme je l’ai vite compris pendant mon séjour à Ajmer, ville sainte de l’Islam. Vaikom Muhammad Basheer critique une conception rigoriste de la religion à travers le personnage de la mère, une femme hautaine, méchante, agressive et intolérante alors que la jeune fille, le père et les voisins pratiquent un islam de paix, d’amour et de générosité.

Vous pouvez l’acheter ici, ainsi que le Conteur :