Fous de l’Inde, Régis Airault

J’ai lu ce livre en portugais, je ne vous promets pas d’avoir compris toutes les subtilités d’un essai qui se veut scientifique. Ce livre pourrait être un mémoire ou une thèse remaniée. Je partage les commentaires négatifs lus ici et là. C’est un livre répétitif, qui peut laisser sur la faim les férus de psychologie et lasser les autres. Je ne suis pas sûr que l’auteur soit parvenu à réussir son pari : un livre à la fois académique et grand public.

Malgré cela, ses réflexions expliquent notamment comment les « fous » qui arrivent en Inde évoluent en pire ou comment des personnes lambda développent des névroses sur place qui disparaissent après le rapatriement. Souvent, la drogue fut le détonateur. L’auteur évoque beaucoup Goa. Je n’y suis jamais allé, ce n’est pas l’Inde que j’ai connue et franchement, depuis que je lis des récits sur cette région, ce n’est pas ma priorité. Ça vaut vraiment le voyage ? Si c’est pour côtoyer des hippies occidentaux, j’en ai vu à Pushkar.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, parce que je me sentais concerné, est son analyse des Occidentaux vivant en Inde pour le travail. L’auteur a beaucoup d’empathie et paraît d’une grande bienveillance pour toutes ses personnes qu’il a soignées. Il a tout à fait raison de dire que les « expatriés » là-bas sont bloqués chez eux, le week-end, en raison des temps de trajet. Et quand ils sont en vacances, ils rentrent en Europe pour la famille et passent à côté de ce merveilleux pays. Moi, j’ai pu à la fois visiter l’Inde, mais je suis aussi parti en Chine voir ma sœur, car je n’en pouvais plus.

En conclusion, comme d’habitude, un livre pour tous les amoureux de l’Inde et les lecteurs d’essais en psychologie.

Les ravissements du Grand Moghol, Catherine Clément

Ce roman nous plonge dans l’Inde moghole, l’Inde du Nord, au XVIe siècle. L’empereur Akbar, dans la deuxième partie de son règne, décide d’inviter les représentants de toutes les religions de son pays. Les débats promettent d’être enflammés…

Mis à part le vocabulaire religieux, ce livre se lit facilement, les thèmes religieux sont survolés pour le grand public, ce n’est pas un essai. Je suis friand des livres historiques et des livres sur l’Inde. J’aime vérifier et approfondir mes connaissances sur les personnages et j’ai retrouvé avec plaisir Fatehpur Sikri, que j’ai pu visiter au cours d’une « permission ».  

Le style de l’auteure ne m’a guère convaincu, surtout les premiers chapitres. Ceux qui me reprochent d’écrire parfois des phrases courtes ne devraient pas lire Catherine Clément car ses phrases sont hachées, au début, pour donner du rythme. Je trouve de plus qu’il manque la poésie de Le Conteur, de Omair Ahmad, qui se passe aussi sous l’Inde moghole, un siècle plus tard.

En conclusion, un livre qui se lit avec plaisir pour les amoureux de l’Inde et/ou de l’histoire. Les autres ? Essayez, au moins, ce n’est pas mièvre.

Les tribulations de Caméliope, tome 1 : des banlieusards déjantés jouent au détective en Inde de Pauline Hirschauer

Tout d’abord, je tiens à dire que je ne promeus pas les livres d’auteurs peu connus pour qu’ils me renvoient la balle. Je les lis, car j’ai envie de découvrir leur univers. Je paye leurs ouvrages et je donne librement mon avis, sans craindre un éventuel retour de bâton.

Cela va être délicat de rédiger une chronique sur ce livre, car chacune de ses caractéristiques me plaît et me déplaît en même temps.

Le style de Pauline Hirschauer me laisse perplexe. J’apprécie le choix minutieux des mots et ses descriptions sont talentueuses. Cependant, j’étais de temps en temps perdu par certaines phrases, au début du roman surtout. Parfois, selon moi, il manque une virgule pour comprendre une tournure. Ce n’est pas facile à lire, au début, mais peu à peu, on s’y habitue. En tout cas, j’aime qu’elle prenne des risques, à partir d’aujourd’hui, je pourrai reconnaître son style parmi une dizaine. Et c’est le plus beau compliment que l’on puisse dire à un auteur : elle a son style. Oui, n’importe quel bêta-lecteur pourrait souligner son texte à foison pour mettre en évidence les phrases obscures, byzantines, ampoulées, mais je lui tire mon chapeau : elle écrit !

Je me suis comporté en lecteur, c’est-à-dire en une personne libre et active. J’ai donc sauté des pages, des passages entiers, m’arrêtant quand je sentais poindre une information importante. Le problème pour moi est que l’Inde n’arrive qu’au deux tiers du récit, même si des courriels d’une étudiante là-bas bienvenus parsèment la lecture dans les chapitres précédents. Je n’apprécie guère les pointes d’humour de l’auteur, par exemple, avec des noms bizarres de personnages, bien que son imagination nous procure un souffle d’air frais.

Quelle est donc l’histoire en Inde ? Une femme part avec une voisine et un autre voisin à la recherche de sa filleule, fille de sa voisine.

Et j’ai plutôt aimé le récit en Inde qui nous amène même en Assam, région que je ne connais pas. Pauline Hirschauer sait de quoi elle parle, elle s’est bien documentée sur place. Un peu trop d’ailleurs, de multiples parenthèses ralentissent la lecture pour nous expliquer chaque mot indien. Ce n’est pas grave, j’ai vraiment apprécié de retrouver l’Inde que je connais. Pas celle des clichés de couleurs et d’odeurs, mais celle des comportements indiens. La tasse de chai offerte au visiteur qui s’impatiente m’a fait penser à mes débuts au Mayo College. L’auteure s’attarderait un peu trop sur le ramassage des ordures là-bas, si on ne percevait pas ce point, que je partage avec elle : Pauline Hirschauer aime les Indiens, les petites mains ouvrières qui surgissent à chaque instant.

Je ne lirai pas la suite, car cela ne se passe plus en Inde, mais en conclusion, un livre surprenant et original. Lisez l’échantillon sur Amazon et vous verrez bien.

L’odeur de l’Inde, par Pier Paolo Pasolini

Je ne connaissais pas cet auteur et en lisant son « récit », je me suis dit « Il est gay ! ». Poète, journaliste, cinéaste, il serait mort assassiné par un gigolo sur un lieu de drague. Vous allez me dire : « On s’en fout ! ». Non, car justement, quand il aide Revi qui lui « prend la main », il faut lire entre les lignes. Ils ont eu une liaison charnelle, évidemment ! C’est pour cela qu’il tente de l’aider. Comme je le raconte dans mon livre (50 ans après, il m’est plus facile d’évoquer l’homosexualité), il est aisé de percevoir ce brûlant désir que les homosexuels indiens éprouvent. J’ai connu un Indien, d’autres m’ont accosté dans la rue, à l’hôtel, et j’avais l’impression d’être « une tarte au citron ». Pasolini avait mon âge lors de son voyage : 40 ans, et il était superbe.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, à mi-chemin entre L’Inde où j’ai vécu d’Alexandra David-Neel et Nue India d’Alexandre Bergamini, c’est la liberté de l’auteur. Il dit tout ce qu’il pense. De nos jours, tout écrivain sur l’Inde marche sur des œufs de peur de se faire traiter de néocolonialiste. Évidemment, Pasolini présente une vision occidentale de l’Inde. Il généralise beaucoup trop : « Il est vrai que les Indiens ne sont jamais joyeux : ils sourient souvent, c’est vrai, mais ce sont des sourires de douceur, non de gaieté ». Il croit connaître un pays à travers des promenades nocturnes alors qu’il a surtout passé son temps entouré de bourgeois dans des réceptions. D’ailleurs, pourquoi se promener le soir en Inde ? Un livre LGBT, je vous dis !

Le style est poétique, littéraire et comme il ne s’agit pas d’une histoire de A à Z, mais un mélange éparse de réflexions, ce livre, pourtant court, n’est pas simple à lire.

En conclusion, un livre engagé sur l’Inde, pour apercevoir ce pays dans ses années 1960, sans oublier qu’il s’agit d’un livre LGBT.

La Tresse, Laetitia Colombani

Contrairement à ce que je pensais, ce n’est pas un livre uniquement sur l’Inde. Le titre est magistral puisque trois histoires forment comme une tresse entre une Indienne, une Canadienne et une Italienne. L’Indienne refuse le carcan dans lequel les Dalits sont enfermés et se bat pour offrir une vie meilleure à sa fille. La Canadienne, une brillante avocate, lutte contre un cancer. L’Italienne veut sauver l’entreprise familiale de la faillite.

Voilà pourquoi le livre fonctionne, comment un livre commercial marche : les protagonistes sont confrontées à un obstacle majeur. Par conséquent, le lecteur poursuit sa lecture.

Le roman est court, il se lit en deux heures et son prix est élevé, comme tout best-seller. Le style est assez banal, ni bon, ni mauvais. C’est le genre de roman qui plaît au plus grand nombre car il rentre dans un moule. Attention, il n’est pas mièvre et il est bien pensé. Le récit sur l’Indienne est le plus intéressant pour quelqu’un comme moi, et vous aussi, si vous êtes un de mes lecteurs. Ce n’est pas l’Inde que j’ai connue. Le combat de l’Italienne m’a plus intéressé que celui de l’avocate carriériste canadienne qui lutte contre un cancer (que c’est original !).

L’originalité de ce roman est l’absence de dialogues ou plutôt une présentation des dialogues intéressante. Les descriptions sont sommaires, l’émotion contenue. L’ensemble est sauvé par les portraits de ces trois femmes admirables, qui marquent les esprits. Un personnage est réussi quand nous nous souvenons de lui.

En conclusion, un bon livre, si vous aimez les livres commerciaux. Je n’en recommande pas l’achat, vu son prix excessif : à se prêter entre amis ou à se procurer à la bibliothèque.

Le Conteur, de Omair Ahmad

J’ai enfin compris pourquoi Véronique du site l’Inde en livres ne se lasse pas. Même écrits par des Occidentaux, les récits sur l’Inde nous libèrent de nos lectures habituelles.

L’histoire : Au XVIIIe siècle, Delhi se retrouve saccagée par des hordes afghanes. Un conteur fuit et trouve refuge chez une bégum. Ils vont se livrer à une joute de contes où chaque récit répondra au premier.

Ce roman vous invitera dans cet immense pays musulman qu’est l’Inde. Oui, l’Inde est le troisième pays musulman du monde. Le thème central est l’amour fraternel, paternel, maternel et même l’amour de la beauté.

Le vocabulaire est parfois soutenu et la particularité de ce livre est l’omniprésence de l’imparfait du subjonctif. C’est un temps que j’utilise, certains lecteurs me le reprochent, mais il est tantôt délicat, tantôt intrépide. Et surtout, il est grammaticalement exact.

Vous pourriez regretter le manque de description, voire d’émotion, parce que c’est un roman très court. À vous de vous imaginer les palais et les costumes du nord de l’Inde, pour mieux vous concentrer sur la puissance de certaines phrases.

Nue India, Journal d’un vagabond, Alexandre Bergamini

J’ai découvert ce livre grâce à un trésor, une librairie lisboète dédiée aux voyages : Palavra de Viajante tenue par Ana, une Portugaise qui propose des livres en portugais, anglais et français. Ce livre, j’aurais aimé l’écrire. Il n’est pas parfait : des coquilles parsèment la lecture et le premier chapitre ne nous épargne aucun détail (bruits, saleté, misère), comme s’il fallait contenter le lecteur. C’est un très court récit, cher (16 euros) au point que seuls les inconditionnels d’Amélie Nothomb accepteraient de dépenser autant.

Mais pourquoi j’ai dévoré ce livre en deux heures ?

Le vécu d’Alexandre Bergamini est fascinant. Ni touriste (il a résidé dans un hôtel miteux, près d’une plage sale du Kerala) ni travailleur, il semble avoir séjourné là-bas pour oublier qui il était. Il a parfaitement observé tout ce qui se présentait à lui. Il a su décrire les attitudes indiennes, percé quelques-uns de leurs secrets. Les Indiens sont magnifiés, sauf ceux qui augmentent les prix à sa vue. Rétrospectivement, moi qui abhorrais ce système, je commence à le comprendre. Est-ce si malhonnête de changer les prix en fonction du client ?

Sans le savoir lors de l’achat, je viens de lire un livre LGBT. L’auteur y décrit parfaitement les regards concupiscents, la sensualité de jeunes hommes prêts à franchir le pas avec un Occidental. Bien avancé dans la quarantaine, il a pu déceler le désir qui s’exprime autrement que par internet ou dans un bar gay.

Le style de l’auteur se révèle agréable, poétique, parvenant à accrocher le lecteur alors qu’il n’y a pas de dialogue. Il écrit comme un impressionniste donnerait des coups de pinceau, les scènes sont précises, sans être trop détaillées.

Amoureux de l’Inde, gays ou personnes à la recherche d’une lecture différente, je vous en recommande la lecture. Les premiers ne manqueront pas de se dire « Oui, j’ai vécu ceci et c’est très bien décrit » et les seconds réfléchiront sur l’amour. Les derniers n’apprécieront peut-être pas ce journal, mais en seront marqués. Alexandre Bergamini, si vous lisez ces lignes, j’aimerais que vous me contactiez, votre livre m’a encouragé à réfléchir, c’est si rare aujourd’hui. Je serais honoré que vous lisiez le mien, un livre qui ne manquera pas de vous agacer, mais si complémentaire. À chacun son Inde !

Le club de la dernière chance, de Marian Keyes

À Londres, trois amis irlandais et trentenaires, deux femmes et un homme, sont face à leur destin : relation toxique, incapacité à s’engager et cancer.

Ce livre a deux défauts.

Tout d’abord, les remerciements à la fin. C’est comme les applaudissements au personnel médical pendant le premier confinement : ça m’a toujours brouté, bien que j’aie suivi les voisins pendant le confinement, à Paris. Quant aux sempiternels remerciements, je l’ai fait à la fin de mon premier livre pour ne pas payer 50 euros à une psychologue qui avait relu 4 pages. Pourquoi faut-il toujours remercier quelqu’un publiquement ? Moi, j’oublierais certaines personnes et elles en seraient vexées. L’écrivain remercie comme on filme nos actes de charité : il faut montrer urbi et orbi. Avant-hier, j’ai apporté une couverture à un SDF en bas de chez moi qui se battait avec un autre. En ai-je fait une vidéo ?

Enfin, les personnages sont manichéens. Oh qu’ils sont vilains les deux hommes qui ont fait souffrir les deux femmes ! Je connais les hommes, mieux que bien des femmes, et je peux affirmer ceci : on oublie toujours les hommes à qui on a fait du mal pour garder à l’esprit ceux qui nous ont fait souffrir.

Finalement, il a deux autres défauts : il a vieilli (écrit en 1999) et une bonne centaine de pages avant d’apprendre le cancer de l’ami (annoncé pourtant en quatrième de couverture).

Néanmoins, pourquoi j’ai aimé ce livre ?

Parce que l’histoire marche, le style est agréable, les trois protagonistes sont bien définis, les personnages secondaires aussi, et la touche irlandaise de l’auteure apporte une touche attachante. Autrement dit : c’est le livre que j’aimerais être capable d’écrire : sans prétention et efficace. Or, c’est justement le plus difficile à faire.

Neuf parfaits étrangers, de Liane Moriarty

Pour écrire cette chronique, j’ai eu la mauvaise idée de lire quelques critiques sur Babelio. Pour résumer les critiques négatives, c’est du « J’ai adoré ses précédents ouvrages, celui-ci a été écrit à la va-vite, je suis déçu ».

Liane Morarty, j’ai de la compassion pour toi. Que va-t-il se passer quand je vais publier mon deuxième livre, actuellement en bêta-lecture ?

Je peux comprendre que l’on n’aime pas mon premier.

Je peux comprendre que l’on n’aime pas le second.

Mais comment vais-je réagir avec ceux qui vont me dire « Je suis déçu par le second alors que j’ai adoré le premier » ? Je ne pourrais pas les mépriser puisqu’ils ont aimé le premier. Je me sentirais honteux, leur déception me causerait de la peine.

Pourquoi ne lit-on jamais le contraire ? Un « son premier fut à chier, mais après, il s’améliore ! ». Parce que le premier ne donne pas envie de continuer, s’il est jugé mauvais. Soit. Pourtant, je ne sais pas pour vous, mais en cuisine, en course à pied et même au lit, mes premières fois ne sont jamais les meilleures. Un écrivain a besoin de temps, pour se libérer d’un carcan ou polir de trop grands écarts. Certes, il existe des premiers romans qui sont de véritables chefs d’œuvre, écrits par des génies. Mais pour les autres ? N’a-t-on pas besoin d’expériences diverses ? « C’est trop salé », « Ne pars pas à 5 minutes par kilomètre, tu vas t’épuiser » « Je n’aime pas que tu me mordilles le téton ».

Cette précision faite, je reviens au livre. Neuf étrangers vont dans un centre de bien-être pour des raisons diverses. Tous les portraits ne se valent pas, l’homosexuel étant par exemple un brillant avocat, canon qui plus est. Si cet homme existe, merci de me laisser un message ici. Les huit autres : un sportif détruit, une famille de 3 personnes en deuil, une mère de famille abandonnée, une écrivaine en déclin et un couple qui a gagné au loto. Vous l’aurez deviné, c’est l’écrivaine le personnage principal. Est-elle l’auteure ? Je ne sais pas, je ne vais pas commettre encore l’erreur de chercher. En tout cas, c’est la plus intéressante car elle permet à l’auteure d’émettre des critiques assertives. Liane Morarty prend des risques, comme quand elle écrit que les conseils donnés aux gros pour accepter leur corps sont prodigués par… des gros. Elle se moque aussi des écrivains présents sur les réseaux sociaux. Elle est gentille, cette Liane Morarty, mais comment fait-on de nos jours quand les libraires se contentent de vendre les livres catalogués par les grandes maisons d’éditions ?

Un point original est que chaque chapitre correspond à un personnage et la narration est interne. On entre plus ou moins dans la peau d’un des neufs et même des trois membres de l’équipe. Les scènes sont bien décrites, sans détail surabondant.

Et surtout, pourquoi j’ai aimé ce livre, malgré une deuxième partie plus lente et une fin décevante ? L’auteure a un talent en psychologie. Je l’imagine comme le genre de femmes que l’on a envie de consulter pour un conseil. Elle est dure, mais ne juge pas. Elle n’est pas manichéenne et ne cherche pas à plaire. Ce livre vaut d’être lu, loin des livres crises de nerfs. J’en lirai d’autres puisqu’ils seraient meilleurs. En attendant, j’ai trouvé ce livre équilibré et agréable en cette période d’extrêmes.

L’Été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac

Je laisse un message sur le Whatsapp de mon amie Catherine.

– Dis donc, tu aurais un autre livre à me recommander s’il te plaît ? Pas un gnangnan comme la dernière fois…

Elle me conseille souvent des ouvrages en espagnol. Je lis dans cette langue pour maintenir mon niveau.

– Tu n’as qu’à lire Don Quijote de la Mancha, de Cervantes, me répond-elle, avec un accent castillan forcé.

Elle me suggère aussi L’Été où maman a eu les yeux verts de Tatiana Tibuleac. Moins cher en français qu’en espagnol, j’opte pour ce livre dans ma langue maternelle.

C’est l’histoire d’un jeune homme avec de gros problèmes psychologiques, dont la mère lui impose un dernier été avec elle. Ce qui est déjà un fardeau pour tout adolescent serait pour lui un chemin de croix tant il déteste sa mère. Un roman pour adolescents ? Non, il entre au bout de quelques pages dans la vie d’adulte.

C’est un roman court, ce qui me sied. Je n’aime guère les longs récits qui se perdent dans des descriptions superflues. Je suis assez grand pour percevoir des décors moi-même et je n’ai rien lu de mieux en la matière depuis Maupassant. D’ailleurs, l’auteure s’y prend à merveille avec peu de mots. Les tournesols, les escargots, les coquelicots, les robes blanches ont chatouillé mon imagination.

J’ai beaucoup apprécié ce livre, d’autant plus que des verres de vin et Jaipur mon chat m’ont accompagné. J’aime son émotion partagée comme des gouttes de pluie dans un jour avec peu de nuages. L’auteure, par sa connaissance de la psychologie humaine, nous offre des personnages à la fois simples et complexes et ne répond pas à toutes nos questions. La narration n’est pas toujours limpide et c’est voulu. Le choix du vocabulaire oscille entre plusieurs registres, sans jamais s’éloigner des convenances.

Je lirai le prochain livre de Tatiana Tibuleac pour vérifier si elle confirme son talent.