Humus, Gaspard Kœnig

Un livre qui était dans la liste pour le Goncourt. Je l’ai lu en un week-end. Deux amis, étudiants en agronomie, qui développent chacun de leur côté un projet un business autour des vers.

Selon moi, ce livre est une réussite. Il se lit aisément (mis à part le vocabulaire technique et agricole). Les descriptions sont efficaces, les dialogues cohérents, les personnages identifiables. 380 pages et deux à peine m’ont paru superfétatoires.

Sur Babelio, certains disent que les personnages sont caricaturaux. Je ne trouve pas, car chacun nous surprend à sa manière.

Ce qui me marque dans ce livre est une prouesse, si c’est voulu : je ne sais pas si Kœning se moque de certaines situations ou pas. Ses réflexions sont subtilement amenées (car ce roman comporte des paragraphes qui relèvent d’un essai) au point que j’oubliais l’auteur. Oui, on peut le considérer comme influencé par Houellebecq, mais chez ce dernier, on saisit tout de suite la vanne et les idées. Chez Koenig, c’est à fleuret moucheté.

Certains passages m’ont surpris, comme quand Arthur observe des vers s’accoupler, introduit son sexe dans la terre et jouit. J’ai été choqué et je me suis dit « Et on vient me gonfler dans Comme il faut parce que deux hommes mariés font l’amour ? ».

Un réel bémol à ce livre est selon moi la fin, un peu pour le fond (je l’ai trouvée excessive) et surtout sur la forme (précipitée comme dans du Werber).

Le troisième bonheur, Henri Troyat

Relire Henri Troyat aujourd’hui offre une belle leçon : il est possible de publier un roman de gare (feelgood aujourd’hui) tout en sachant écrire. 

Le style de Troyat est riche, avec un langage châtié, peut-être trop dans les dialogues (mais je n’ai pas connu les années 50-60 et quand on écoute des vidéos de l’INA d’époque, on se rend compte que les gens alignaient correctement deux phrases). 

L’histoire présente un intérêt pour la France d’avant car, disons-le, ce livre a vieilli, alors qu’il a été publié en 1987. 

Je me demande à partir de quand les auteurs et les autrices de roman de gare ont abandonné l’amour des mots pour se concentrer sur l’histoire. Est-ce par manque de talent ou par paresse ? Ou parce qu’ils pensent que leurs lecteurs et lectrices ne comprennent pas 3 mots d’un registre soutenu ? 

Bref, Le troisième bonheur, c’est le roman de gare de grand-mère, dans le meilleur sens du terme. C’est le troisième tome d’une trilogie qui traite avant tout des relations entre une fille et sa mère. Un amour possessif, étouffant, qui se trouve aujourd’hui davantage dans les séries vénézuéliennes. 

Ce livre me réconcilie avec les romans de gare et me donne envie d’en écrire un deuxième, après Les Dettes de Je.

Je lirai une autre fois cet auteur, sûrement son Goncourt : L’Araigne (1938).

Les Impatients, Maria Pourchet

« À trente-deux ans, pas d’enfants mais beaucoup de diplômes, Reine, fraîchement débauchée d’un poste opérationnel, en occupe déjà un autre. Mais voici qu’elle se lasse – ou se réveille – et, des sentiers battus de la réussite, décampe. Laissant sur place le salariat, les escarpins, la fierté de ses parents.
La voilà libre de s’inventer un avenir. » STOP, vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, les quatrièmes de couverture bavardes sont inutiles. Je ne l’avais même pas lue.

Deuxième livre de Maria Pourchet que je lis et la mayonnaise prend avec moi. J’ai préféré Feu (plus construit, plus mordant, plus pensé) mais Les Impatients présente lui aussi deux avantages :

  • un style unique, reconnaissable en quelques lignes. On l’aime ou pas, mais il faut saluer les prises de risques.
  • des réflexions sociologiques féroces, nourries par son ancien métier de maître de conférence en sociologie.

Les Impatients n’est pas un livre grand public, mais à conseiller à tous ceux qui aiment les livres originaux.

Confessions d’une cleptomane, Florence Noiville

Ni roman (l’histoire aurait mérité des développements) ni essai (on retrouve presque des synthèses de travaux scientifiques) ni quoi d’ailleurs… Ce livre qui avait tout pour m’intéresser m’a déçu. Le style m’a paru plat, mais moins agaçant que les tirets demi-cadratin pour les dialogues des personnages qui se parlent à eux-mêmes, puis les courriels d’un psychiatre qui aurait le temps de répondre aux questions.

J’ai lu des romans autoédités bien meilleurs que ce livre, publié chez Stock, qui aurait dû bénéficier d’une bêta-lecture sérieuse.

Confessions d’une cleptomane ne dégage aucune émotion, seuls le prologue et le premier chapitre puis un rebondissement remontent la moyenne de ce livre.

Passez votre chemin, je ne le conseille même pas en emprunt à la bibliothèque. Ne prenez pas de risque à voler un livre si médiocre.