La prochaine fois que tu mordras la poussière, Panayotis Pascot

Je n’aurai pas raté ma vie si j’arrive à vous faire économiser 19.50 euros et 3 heures de votre existence.

Quand un livre déplaît, le lecteur doit se remettre lui aussi en question. Dans mon cas, celui d’un écrivain qui se bat pour vendre deux livres dans le salon « Livres et Saucisses », bien évidemment que j’envie son succès. Toutes les portes lui furent ouvertes, jusqu’à la Grande Librairie.

Donc oui, inutile de le commenter, je suis jaloux. C’est un sentiment humain, universel.

Je vais essayer de prendre du recul, en montant d’une étoile ma note finale. Je la monte aussi parce que je n’ai pas payé ce livre, encore heureux, un livre payé par mon mouton de frère. La plupart parmi vous, vous l’avez acheté car il est passé partout. Vous vous en mordez les doigts ? Bien fait pour vous. Et bien sûr que vous vous ferez encore avoir puisqu’une poignée de personnes décide de vos lectures.

Je veux bien être un dinosaure amoureux des belles tournures, mais ceux qui disent que le « style est magnifique », vous avez lu quoi à part des messages WhatsApp ? D’après son éditeur, Stock, qui décidément, nous offre souvent des livres au mieux médiocres : une « plume tranchante et moderne ». Tout son livre est d’un niveau de messages écrits à la va-vite :

« Le train vient de partir, je suis bourré, j’espère que je ne vais pas me sentir mal. J’ai une heure quinze pour dessaouler, ça devrait le faire. Je bois peu, il ne m’a fallu que trois verres de vin pour être tout chaud du front ».

Sur le fond, difficile d’apprécier une autobiographie sans juger l’auteur. Je ne connaissais pas cet homme, sauf par une participation à une émission « LOL ». Il m’avait paru sympathique.

Les thèmes : acceptation de l’homosexualité, relation au père, dépression. Je pense que nous pouvons écrire un bouquin sur nos états d’âme. Certains passages peuvent toucher, résonner en nous. De là, à en faire le publier…

Là où Houellebecq est vraiment une « plume » (parce qu’il réfléchit à ses tournures) « tranchante » (car il s’impose) et moderne (car il a mis « bite » bien avant ce jeune homme), Pascot nous impose un livre pathétique. S’il n’était pas connu, si cela avait été le livre d’un autoédité, j’aurais pensé « Bon, c’est bof, mais si ça lui fait du bien ». Là, je suis plus dur, parce que j’aurais aimé en savoir plus sur sa création artistique plutôt que d’apprendre qu’il avait des problèmes d’érection devant une femme et que son père n’aime pas les yaourts à la pêche.

Si un jour j’ai le quart de son succès, si je le croise dans un salon, pour une fois, je serai flagorneur comme tout le milieu. Ma franchise ne m’a attiré que des ennuis. Panayotis cessera de remuer son café avec sa cuillère et plantera ses yeux dans les miens :

– Arrête, Benjamin. Pas toi. Ce livre est pour les blaireaux. Tu le sais, je le sais.

Ce que je sais de toi, Éric Chacour

Impossible de passer à côté de ce livre, tant les critiques sont unanimes et les réseaux sociaux enthousiastes.

Toujours déçu par les livres adorés par tous, je craignais la déception. Au contraire, bien que j’aime les coups d’éclat et me sentir différent des autres, ce livre est maîtrisé de A à Z. Normal, l’auteur a mis 10 ans pour nous l’offrir.

C’est une prouesse qu’un auteur, dès son premier livre, présente un livre d’un niveau de bons auteurs expérimentés. Si c’était un auteur expérimenté, on aurait dit que ce livre était bon, très bon. Là, Éric Chacour est en train de vivre le rêve de tout écrivain : un best-seller, traduit dans le monde entier et qu’il promeut partout, assis à côté des grands qu’il admire depuis 20 ans.

L’histoire : un médecin égyptien et chrétien tombe amoureux du fils d’une patiente et le prend sous son aile. Pas d’histoire d’amour dans l’Égypte des années 80.

La lecture de ce livre vous paraîtra fluide, un récit équilibré entre la simplicité et la technicité. La particularité de ce livre, qui peut déranger, est la présence d’un narrateur à la deuxième personne du singulier. Pour ma part, ce narrateur engagé donne justement une profondeur au récit, une tension. J’ai été surpris par l’histoire, je n’ai rien vu venir alors que je débusque parfois les grosses ficelles de mes collègues.

En tant qu’auteur de livres principalement LGBT, j’aurais aimé lire une scène de sexe, non par pour assouvir mes fantasmes, sinon par militantisme. Cette histoire est consensuelle, LGBT « comme il faut ». Peut-être que l’auteur estimait que le sexe n’aurait rien apporté au livre. Sûrement. Peut-être qu’il ne se sentait pas à l’aise pour l’écrire. Possible. En tout cas, elle reste magnifique et sera adaptée en film.

Ma seule inquiétude : Que va-t-il écrire après ? Comment passer après un premier livre en train de conquérir le monde entier ? On attend le deuxième, M. Chacour.

Ce que je sais de toi, Eric Chacour, aux éditions Philippe Rey.