Vous vouliez ma chaleur, vous aurez mon feu, Paulo Higgins

Chaque livre recèle plusieurs pouvoirs, acceptés, refusés ou ignorés par les lecteurs.

Vous vouliez ma chaleur, vous aurez mon feu m’a fait travailler l’empathie. J’ai beau être gay et le vivre depuis plus de 20 ans, je ne fréquente pas de personnes trans. Je n’en connaissais aucune, à part une autrice, Armonia Lemaitre, que je croise à des salons. Me voilà à écouter le récit d’une personne trans, non pas sa transition, mais d’une semaine à Paris. Une semaine à la fois banale et exceptionnelle.

Autre pouvoir de ce livre accepté : réfléchir. Point que j’apprécie particulièrement : Paulo Higgins tape sur tout le monde et les réflexions sur l’hypocrisie des personnes les plus amicales sont savoureuses.

Quant au style, c’est une écriture à la Despentes, une autrice qui pourrait préfacer ce livre. La misère et la beauté de notre monde se côtoient dans un même paragraphe. L’ensemble est cru, tant mieux, les formules chocs sont plus efficaces que de doux alexandrins pour infuser des idées.

Un très bon livre pour nous sortir de nos bulles.

Tous les silences ne font pas le même bruit, Baptiste Beaulieu

Je craignais un énième livre sur l’homosexualité d’une personne connue. Erreur : ce livre dépasse la vie de son auteur en traitant des thèmes comme le féminisme, la transphobie, la maltraitance médicale, le masculinisme.

Beaucoup de colère dans ce livre, probablement une saine colère, face à toutes ces souffrances.

Ce que je reproche à ce livre : taper où cela fait mal, quand c’est bien vu ou sans trop de risques. Ne pas hésiter à moquer les catholiques traditionnels, mais ne surtout pas évoquer les exactions des racailles à l’égard de nos frères et nos sœurs.

Si ce livre est destiné au grand public, je pense qu’il sera surtout lu par des lectrices et des lecteurs LGBTQI+ et le ton vindicatif peut faire fuir les autres.

Un livre instructif et engagé, dans lequel l’auteur prône des idées bienvenues de tolérance et de respect.

Baptiste Beaulieu défend parfois sa paroisse, par des digressions, probablement par intérêts personnels ou par frustration. Il précise ne pas comprendre bien des gays. En retour, je ne l’ai pas compris tout le temps, mais je l’ai écouté.