Fille, Camille Laurens

Pour une fois, la quatrième de couverture est parfaite, elle n’en dit pas trop ou ne me ment pas :

– Vous avez des enfants? demande-t-on à son père.
– Non, j’ai deux filles », répond-il.

Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen.
Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’une garce. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ?

L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise exceptionnelle qui restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.

Camille Laurens nous propose une « autofiction » le terme à la mode pour dire « autobiographie romancée ». Peu importe la part de vrai, c’est un livre d’une remarquable intelligence.

J’ai pris du plaisir à me replonger ou prendre connaissance de la situation des femmes à partir des années 60. J’ai écrit un message à ma sœur aînée, née en 1976, lui demandant « Tu as bien connu les derniers cours de cuisine et de couture ? ».

Sur la forme, le style de l’autrice, en jouant avec les mots et les codes, sert le livre. J’ai eu l’impression de lire une autrice qui dominait ses phrases. Les mots ont un sens, premier, caché ou double, mais ils ne sont pas neutres.

Sur le fond, je vais lui poser cette question, lors d’une rencontre à l’Institut français de Lisbonne : « Madame, malgré tous mes efforts, toute mon éducation et toute mon empathie, suis-je capable, en tant qu’homme, de comprendre aussi bien votre livre que n’importe quelle femme ? ». Je mettrai sa réponse en commentaire.