L’amour et les forêts, Éric Reinhardt

Deuxième livre de cet auteur après l’excellent Sarah, Susanne et l’écrivain qui aurait mérité le dernier Goncourt.

Encore une fois, le style est parfois pompeux, Éric Reinhardt sait écrire, il se considère comme un grand écrivain et aime étaler son savoir. Cela dit, je préfère lire un écrivain qui manie les belles tournures et qui tombe dans le piège d’écrire pour lui que tous ces auteurs au style pauvre comme si je publiais mes WhatsApp avec ma mère.

Encore une fois, les dialogues sonnent quelquefois faux. C’est un vieux débat : authenticité des dialogues (style court et familier) ou recherche du beau (« Personne ne parle comme cela »).

Pour le reste, aucune réserve si ce n’est un premier chapitre assommant. Cette histoire, adaptée en film (pas vu) va vous prendre à la gorge, vous malmener, vous révolter. Une femme se retrouve sous l’emprise de son mari, un pervers narcissique (le mot n’est pas employé, il est galvaudé, je parle sous le contrôle des psychologues, mais Jean-François doit l’être). Elle rencontre à quelques reprises un écrivain pour lui raconter son histoire.

De nouveau, je me suis senti assailli par des émotions. J’aime l’amour et la violence dans les œuvres artistiques, surtout les livres. Et c’est le deuxième livre de cet auteur qui me fait réagir autant. Je lirai avec plaisir un troisième.

Sarah, Susanne et l’écrivain, Éric Reinhardt

Heureusement que je ne suis pas découragé par le talent d’Éric Reinhardt pour poursuivre ma carrière d’écrivain. Finaliste du prix Goncourt 2023, sans avoir lu les autres, il aurait peut-être mérité de le remporter.

Évacuons immédiatement ce qui peut déplaire, à juste titre, dans ce livre : quelques pages surabondantes et des tournures parfois prétentieuses. Oui, Éric Reinhardt a écrit un grand livre, il s’est éclaté pendant l’écriture. Il sait qu’il écrit bien à force de l’entendre. Je comprends que son écriture puisse déplaire, lasser, agacer, mais dans mon cas, une telle justesse, une telle fluidité, une telle maîtrise me déplaira, lassera et agacera toujours moins que des livres « adorés » par le grand public, nid à mièvreries écrit avec 5 verbes pauvres.

L’histoire : une femme, Sarah, contacte un écrivain pour qu’il s’inspire de sa vie pour un roman. Alors l’écrivain crée le personnage de Susanne. Susanne a 44 ans, marié, deux enfants. Son mari n’est guère présent le soir, il s’isole dans sa cave. Pas de quoi divorcer, mais Susanne-Sarah s’en retrouvent frustrées. Le détonateur est quand elles se rendent compte qu’elles possèdent 25 % de la maison et les 75 % sont au mari. Je suis docteur en droit, c’est une erreur classique dans un couple, souvent au détriment de la femme : « Paye la bouffe et les trucs pour les gosses, je paye le reste ». La bouffe est bouffée, l’électricité est consommée, et au moment du divorce les biens physiques demeurent dans le patrimoine de l’un.

Bref, Susanne-Sarah (On s’y perd, on ne sait plus qui est qui, mais ce n’est pas important, c’est même voulu) se fâchent et décident de partir 3 mois vivre dans un autre logement pour ressouder leur amour. Les conséquences vont être désastreuses.

Il est possible que ce livre soit mon livre de l’année, après L’Épervier de Maheux en 2023 et l’Anomalie en 2022.

Non seulement je ne me suis pas ennuyé, mais j’ai souffert avec ces deux femmes. Je me mettais en colère, je me sentais triste, chaque page que je lisais m’enfonçait dans des émotions désagréables pendant un week-end pascal pluvieux. Et qu’est-ce qu’un grand livre sinon un récit bien écrit et qui procure une émotion ?

Sarah, Susane et l’écrivain est un livre original et remarquable. Je le recommande à celles et ceux qui ont envie de se sentir vivants pendant une lecture.