Aqua, Gaspard Koenig

Vous présenter un livre intitulé Aqua pourrait vous miner, après toute la pluie de l’hiver dernier.

Mais attendez : Gaspard Koenig sait transformer l’eau en une excellente histoire.

Imaginez un village normand, Saint-Firmin, alimenté par une source depuis le Moyen Âge. Une source abondante, dans une région réputée riche en eau. C’est du moins ce que les villageois ont longtemps cru : « La sécheresse, c’est pour le Sud. » Chacun use donc de l’eau comme bon lui semble ; l’ancien maire cultive intensivement le maïs, les nitrates dépassent les seuils autorisés, le réseau est obsolète et la source se tarit.

Face à cette menace, une solution semble émerger à l’approche des élections municipales, où deux candidats s’affrontent. Martin, technocrate au ministère de l’Environnement, enfant du pays installé à Paris, veut sécuriser le réseau en le rattachant à la communauté de communes. Maria, sociologue et épicière, promet au contraire de préserver une gestion en régie. Les Saint-Firminois vont devoir choisir – et choisir, c’est renoncer. Ont-ils bien mesuré les conséquences de leur décision, alors qu’il s’agit d’une ressource encore plus indispensable que l’électricité ? Au Portugal et en Esapgne, lors de la grande coupure d’électricité survenue l’an dernier, la situation est devenue particulièrement préoccupante… lorsque l’eau a été coupée.

Comment ce village à la population si hétérogène pourrait-il s’entendre pour résister aux pressions de l’État, incarnées par une préfète fatiguée et un séduisant ministre de l’Environnement ? À Saint-Firmin cohabitent, entre autres, une naturopathe bouddhiste, un boulanger autoritaire, un ingénieur qui sait tout, une Anglaise amoureuse de son jardin, un éleveur en difficulté et une secrétaire de mairie obstinée. Personne n’est disposé à écouter l’autre ; les besoins de chacun passent avant tout.

Aqua, c’est le récit d’un village ordinaire sur fond de crise de l’eau. Une population férue de liberté, mais prompte à réclamer l’aide de l’État en cas de besoin. Une population jadis solidaire, où désormais chaque intérêt privé nuit à la collectivité. Une population où certaines familles forment encore des clans, désormais dépassés en nombre par les néo-ruraux.

Après l’excellent Humus, premier volet de sa tétralogie consacrée aux quatre éléments, Gaspard Koenig nous offre un roman féroce, documenté, tantôt amusant, tantôt poétique, dont les thèmes passionnent autant que les personnages convainquent.

On visualise parfaitement ce village, avec ses qualités et ses travers. C’est n’importe quel village d’aujourd’hui, où beaucoup d’entre nous ont grandi ou passé leurs vacances.

Si vous avez envie de réfléchir souvent, de sourire parfois, de vous agacer quelquefois, faites confiance aux éditions de l’Observatoire. Malgré quelques détours et quelques détails trop techniques, le style satirique, érudit et romanesque de Gaspard Koenig saura, une fois encore, conquérir ses lectrices et ses lecteurs.

Humus, Gaspard Kœnig

Un livre qui était dans la liste pour le Goncourt. Je l’ai lu en un week-end. Deux amis, étudiants en agronomie, qui développent chacun de leur côté un projet un business autour des vers.

Selon moi, ce livre est une réussite. Il se lit aisément (mis à part le vocabulaire technique et agricole). Les descriptions sont efficaces, les dialogues cohérents, les personnages identifiables. 380 pages et deux à peine m’ont paru superfétatoires.

Sur Babelio, certains disent que les personnages sont caricaturaux. Je ne trouve pas, car chacun nous surprend à sa manière.

Ce qui me marque dans ce livre est une prouesse, si c’est voulu : je ne sais pas si Kœning se moque de certaines situations ou pas. Ses réflexions sont subtilement amenées (car ce roman comporte des paragraphes qui relèvent d’un essai) au point que j’oubliais l’auteur. Oui, on peut le considérer comme influencé par Houellebecq, mais chez ce dernier, on saisit tout de suite la vanne et les idées. Chez Koenig, c’est à fleuret moucheté.

Certains passages m’ont surpris, comme quand Arthur observe des vers s’accoupler, introduit son sexe dans la terre et jouit. J’ai été choqué et je me suis dit « Et on vient me gonfler dans Comme il faut parce que deux hommes mariés font l’amour ? ».

Un réel bémol à ce livre est selon moi la fin, un peu pour le fond (je l’ai trouvée excessive) et surtout sur la forme (précipitée comme dans du Werber).