Les Impatients, Maria Pourchet

« À trente-deux ans, pas d’enfants mais beaucoup de diplômes, Reine, fraîchement débauchée d’un poste opérationnel, en occupe déjà un autre. Mais voici qu’elle se lasse – ou se réveille – et, des sentiers battus de la réussite, décampe. Laissant sur place le salariat, les escarpins, la fierté de ses parents.
La voilà libre de s’inventer un avenir. » STOP, vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, les quatrièmes de couverture bavardes sont inutiles. Je ne l’avais même pas lue.

Deuxième livre de Maria Pourchet que je lis et la mayonnaise prend avec moi. J’ai préféré Feu (plus construit, plus mordant, plus pensé) mais Les Impatients présente lui aussi deux avantages :

  • un style unique, reconnaissable en quelques lignes. On l’aime ou pas, mais il faut saluer les prises de risques.
  • des réflexions sociologiques féroces, nourries par son ancien métier de maître de conférence en sociologie.

Les Impatients n’est pas un livre grand public, mais à conseiller à tous ceux qui aiment les livres originaux.

Feu, Maria Pourchet

Je lis les premières lignes. Je ne saisis pas qui parle, de quoi il s’agit, le lieu et l’endroit.

J’abandonne.

Une semaine après, je reviens.

Et je comprends. Nommée pour le Goncourt 2021.

Car si l’histoire est banale (une femme mariée et perdue sort avec un homme tout aussi perdu), le style l’est beaucoup moins.

Ce fut un plaisir de lire un écrit original et osé.

Maria Pourchet enchaîne des chapitres où la protagoniste Laure s’écrit à elle-même, à la deuxième personne du singulier, au présent et au passé simple. Clément, l’amant, écrit… à son chien.

Ainsi, chaque évènement est raconté selon le point de vue féminin ou masculin. Si je me suis mis dans la peau d’une femme pour Les Dettes de Je, Maria Pourchet alterne les deux personnages avec brio, sans caricature. Des êtres sensibles, malheureux, maladroits, peut-être pas faits pour aimer.

J’ai lu « Pourchet est une Houellebecq de gauche ». Pas vraiment. Certes, le point commun est la présence de mots crus et de réflexions acides, mais le style diffère. Houellebecq cherche une certaine forme de poésie, de provocation, alterne les constructions de phrases. Pourchet constate par des mots durs comme l’acier et embarque davantage le lecteur dans une histoire tout aussi commune.

En tant que docteur en droit, j’ai jubilé quand elle s’en prend à l’université française. Elle en vient, elle était maître de conférences, elle connait ses anciens collègues :

Kader affecte une sévérité hors de propos qui ravage le jeune, ignorant qu’elle ne s’adresse pas à lui. Kader ne le défonce que pour s’offrir à lui-même, au moins une fois dans le trimestre, l’illusion de sa puissance académique.

Un excellent livre, pour des lecteurs qui aiment varier les lectures et les surprises.