La vie devant soi, Romain Gary

Prix Goncourt 1975, obtenu sous le nom de plume d’Émile Ajar, Romain Gary a dupé son monde pour ravir deux fois ce prix.

Quelques lignes : un garçon de 10 ans, orphelin, Momo, d’origine maghrébine, vit dans une pension tenue par une vieille femme juive. La santé de cette dame diminue, la maturité de Momo grandit.

J’ai failli abandonner plusieurs fois ce livre dans lequel, finalement, il ne se passe pas grand-chose. Cela aurait pu être une nouvelle.

Toutefois, je suis content d’être allé jusqu’au bout, car j’ai apprécié la fin.

Je ne suis pas sûr d’avoir envie de lire La promesse de l’aube, son autre Goncourt, tout de suite, mais il faut reconnaître dans ce livre un style unique : une histoire racontée par un enfant-adulte. On est ballotés entre phrases enfantines et réflexions profondes d’un homme au soir de sa vie.

Loin d’être un chef-d’œuvre, proche du feel good, un livre qui reste intéressant et qui plaît, tant mieux !  

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois

Goncourt 2019, premier remporté par les Éditions de l’Olivier.

Un homme se retrouve emprisonné pour deux ans, à Montréal. On apprend aussi qu’il a perdu son père, sa femme et son chien. Entre vie carcérale et retour en arrière pour comprendre les drames, Jean-Paul Dubois nous gratifie d’un récit à l’américaine.

Bien sûr, le style est très correct, on est en présence d’un Goncourt. À ceci près que je ne vois pas en quoi il serait exceptionnel pour remporter un tel prix. Sûrement par la faiblesse des autres.

Ce livre n’est pas mauvais, loin de là, je l’ai lu avec plaisir. Je reste déçu et je le note plus sévèrement, car je m’attendais à mieux. Quand j’allais au resto avec mon ex, son critère pour évaluer l’expérience était « Tu y retourneras ? ». Je ne relirai pas ce livre et je lirais d’autres livres de Dubois si je me retrouvais sans pile à lire.

Aranea, Le Neuvième livre, Alexandre Murat

Un an après la sortie de son premier livre, Aranea, La Légende de l’Empereur, Alexandre Murat est de retour avec un récit plus court, toujours un accrolivre, publié aux Éditions Fleuves.

On retrouve Alex et Mary, aux quatre coins du globe, embarqués dans la quête d’un neuvième livre, une clé du savoir absolu.

Je ne m’étais pas trompé quand j’avais pressenti que l’auteur continuerait à prendre du plaisir et à en donner aux amateurs du genre.

J’avais souhaité pour le deuxième, plus de descriptions et plus de profondeur dans les personnages. Mon vœu a été exaucé, en partie.

Les personnages principaux, en étant les mêmes, gagnent en familiarité. On en apprend davantage sur leurs contradictions.

Les descriptions sont brèves et les chapitres courts. Parce que chez Alexandre Murat , l’action prime. Dès lors, une description est utile que si elle sert une action, comme l’arrivée des cendres de l’Aiglon aux Invalides (un passage très bien décrit). Alexandre Murat répond ainsi aux codes de ce genre littéraire.

Cette suite est une vraie suite, qui peut se lire indépendamment sans être perdu, dans laquelle Murat maintient des références au Premier Empire, pour notre plus grand plaisir. Vous savez, dans Da Vinci Code, on se rappelle le Louvre, en bons Français que nous sommes. Avec Aranea, pour les deux premiers, Napoléon est présent, principalement, accessoirement, mais jamais loin.

Alexandre Murat a incontestablement pris du plaisir à écrire ce livre. Fait admirable, son plaisir n’anéantit pas celui des lecteurs. Il écrit pour eux, pas pour les noyer dans un style pédant et original qui servirait, selon ce que croient de nouveaux auteurs adulés par trois journalistes, une histoire complexe à laquelle toute honnête personne décroche.

On attend Aranea 3.

Sarah, Susanne et l’écrivain, Éric Reinhardt

Heureusement que je ne suis pas découragé par le talent d’Éric Reinhardt pour poursuivre ma carrière d’écrivain. Finaliste du prix Goncourt 2023, sans avoir lu les autres, il aurait peut-être mérité de le remporter.

Évacuons immédiatement ce qui peut déplaire, à juste titre, dans ce livre : quelques pages surabondantes et des tournures parfois prétentieuses. Oui, Éric Reinhardt a écrit un grand livre, il s’est éclaté pendant l’écriture. Il sait qu’il écrit bien à force de l’entendre. Je comprends que son écriture puisse déplaire, lasser, agacer, mais dans mon cas, une telle justesse, une telle fluidité, une telle maîtrise me déplaira, lassera et agacera toujours moins que des livres « adorés » par le grand public, nid à mièvreries écrit avec 5 verbes pauvres.

L’histoire : une femme, Sarah, contacte un écrivain pour qu’il s’inspire de sa vie pour un roman. Alors l’écrivain crée le personnage de Susanne. Susanne a 44 ans, marié, deux enfants. Son mari n’est guère présent le soir, il s’isole dans sa cave. Pas de quoi divorcer, mais Susanne-Sarah s’en retrouvent frustrées. Le détonateur est quand elles se rendent compte qu’elles possèdent 25 % de la maison et les 75 % sont au mari. Je suis docteur en droit, c’est une erreur classique dans un couple, souvent au détriment de la femme : « Paye la bouffe et les trucs pour les gosses, je paye le reste ». La bouffe est bouffée, l’électricité est consommée, et au moment du divorce les biens physiques demeurent dans le patrimoine de l’un.

Bref, Susanne-Sarah (On s’y perd, on ne sait plus qui est qui, mais ce n’est pas important, c’est même voulu) se fâchent et décident de partir 3 mois vivre dans un autre logement pour ressouder leur amour. Les conséquences vont être désastreuses.

Il est possible que ce livre soit mon livre de l’année, après L’Épervier de Maheux en 2023 et l’Anomalie en 2022.

Non seulement je ne me suis pas ennuyé, mais j’ai souffert avec ces deux femmes. Je me mettais en colère, je me sentais triste, chaque page que je lisais m’enfonçait dans des émotions désagréables pendant un week-end pascal pluvieux. Et qu’est-ce qu’un grand livre sinon un récit bien écrit et qui procure une émotion ?

Sarah, Susane et l’écrivain est un livre original et remarquable. Je le recommande à celles et ceux qui ont envie de se sentir vivants pendant une lecture.