Call me by your name, André Aciman

Ce livre m’a fait penser à Carol, par l’excellence de la plume de son auteur. Les phrases sont douces, le rythme est lent, le lyrisme poussé :

Ignorer s’il allait se montrer ou non à la table du dîner était une torture. Mais supportable. Ne pas oser demander s’il allait être là était le vrai supplice. Sentir mon cœur battre plus fort lorsque j’entendais soudain sa voix ou le voyais assis à sa place quand j’avais presque renoncé à espérer qu’il serait parmi nous ce soir-là m’emplissait d’une joie semblable à une fleur vénéneuse. Le voir et penser qu’il serait des nôtres au dîner et puis entendre son péremptoire Esco ! m’apprenait qu’il y a des désirs qui doivent être rognés comme les ailes d’un papillon vivant.

L’histoire de deux jeunes hommes qui se reniflent (au sens propre) avant leur tout premier rapport homosexuel aurait pu me convaincre sans réserve. Les descriptions et la narration autour des moments charnels sont sublimes. Toutefois, je trouve leur histoire archaïque, j’imagine les jeunes hommes actuels plus rapides pour passer à l’acte. Autrement dit, ce livre est écrit pour des homosexuels âgés. Et encore, les personnages, des Blancs riches et éduqués m’ont paru tellement lisses. Mon problème, et c’est personnel : ce roman manque de violence. J’aurais aimé un fort enjeu, une dispute mémorable.

J’ai pris parfois du plaisir à lire ce livre, mais j’en suis ressorti comme après une longue sieste d’été sous un abricotier. Je me suis senti étranger, spectateur lointain, peu guidé dans leur amour. Un peu comme si un intellectuel pérorait pendant des heures en s’écoutant parler. Elio et Oliver ne m’ont pas touché, même si leur attente m’a rappelé des souvenirs.

J’ai fini ce livre comme le film : j’ai apprécié certains passages (grâce au style de l’auteur et à la photographie du film), tout en m’ennuyant, à la limite de l’agacement, devant cet été bourgeois.