Je lis les premières lignes. Je ne saisis pas qui parle, de quoi il s’agit, le lieu et l’endroit.

J’abandonne.

Une semaine après, je reviens.

Et je comprends. Nommée pour le Goncourt 2021.

Car si l’histoire est banale (une femme mariée et perdue sort avec un homme tout aussi perdu), le style l’est beaucoup moins.

Ce fut un plaisir de lire un écrit original et osé.

Maria Pourchet enchaîne des chapitres où la protagoniste Laure s’écrit à elle-même, à la deuxième personne du singulier, au présent et au passé simple. Clément, l’amant, écrit… à son chien.

Ainsi, chaque évènement est raconté selon le point de vue féminin ou masculin. Si je me suis mis dans la peau d’une femme pour Les Dettes de Je, Maria Pourchet alterne les deux personnages avec brio, sans caricature. Des êtres sensibles, malheureux, maladroits, peut-être pas faits pour aimer.

J’ai lu « Pourchet est une Houellebecq de gauche ». Pas vraiment. Certes, le point commun est la présence de mots crus et de réflexions acides, mais le style diffère. Houellebecq cherche une certaine forme de poésie, de provocation, alterne les constructions de phrases. Pourchet constate par des mots durs comme l’acier et embarque davantage le lecteur dans une histoire tout aussi commune.

En tant que docteur en droit, j’ai jubilé quand elle s’en prend à l’université française. Elle en vient, elle était maître de conférences, elle connait ses anciens collègues :

Kader affecte une sévérité hors de propos qui ravage le jeune, ignorant qu’elle ne s’adresse pas à lui. Kader ne le défonce que pour s’offrir à lui-même, au moins une fois dans le trimestre, l’illusion de sa puissance académique.

Un excellent livre, pour des lecteurs qui aiment varier les lectures et les surprises.

3 commentaires sur « Feu, Maria Pourchet »

  1. COUCOU BENJAMIN ….
    Terminé ton book : Les dettes de Je. J’ai beaucoup aimé, par l’originalité et la belle écriture, par l’imagination de scénarios toujours rebondissants, par cette façon de transcrire des émotions tant féminines (en majorité bien sûr) que masculines. Par la description précise des travers et beautés du genre humain. J’ai adoré la fin !! Enfin un régal, et je vais « attaquer » Le second « comme il faut ». Merci Benjamin de nous faire rêver, voyager, imaginer et de nous surprendre …. Alors un grand bravo, et surtout tous mes souhaits de bonne continuation, pour notre plaisir à tous et toutes.
    Maureen.

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