Difficile d’échapper à cette œuvre avec un tel tapage médiatique. Despentes, je ne l’avais jamais lue. J’avais feuilleté çà et là des critiques si négatives, s’en prenant tout autant à l’autrice qu’à son travail.
Quand tout le monde aime un livre ou un film, mon esprit de contradiction me pousse à dire le contraire. Je me suis ennuyé à mourir devant le Sixième sens. Changer l’eau des fleurs, j’ai arrêté après 200 pages. Le Bleu du ciel, 400 pages.
On va tout de suite se mettre d’accord, ou presque.
- On ne lit pas Cher Connard pour le style de son autrice ou plutôt on ne peut pas crier au génie littéraire. J’ai entendu « punk », mais ce roman épistolaire ne brille en rien. Dire que c’est Grasset qui le publie, visiblement incapable de dialoguer avec son autrice ou de penser à autre chose qu’au fric pour se renier autant.
- On ne lit pas Cher Connard pour son histoire. Un écrivain moque le physique d’une actrice quinquagénaire par une publication Instagram. Cette dernière réagit violemment et des échanges de courriels se poursuivent.
Malgré cela, à ma grande surprise avec les a priori négatifs, j’ai apprécié cette lecture.
Pourquoi ? J’aime quand un écrivain me bouscule, je respecte la prise de risques. Oui, j’ai lu tout Houellebecq. Houellebecq présente toutefois parfois un style poétique, avec un registre de langage plus varié, qui me fait surligner certaines phrases. Avec Despentes, aucune phrase ne rentre dans ma mémoire, mais ses gifles distribuées à tout-va me procurent quelquefois un certain plaisir, même quand elles sont dirigées au lecteur. La différence entre Despentes et Houellebecq, c’est que ce dernier veut plaire au lecteur (on le voit avec Anéantir, plus grand public, donc plus ennuyeux). Despentes méprise ses lecteurs, comme un artiste qui aurait peint un tableau avec ses excréments.
Surtout, la lecture de Cher Connard a été entamée après Changer l’eau des fleurs, ce fut une chance pour ce livre. Tout simplement parce que le pire pour moi est la mièvrerie, le côté cul-cul-la-praloche. Et Cher Connard est tout sauf mièvre.
Despentes est une autrice que je relirai à l’occasion. Elle a sa place dans les autrices qui comptent parce qu’elle ne compte pas sur nous. Là, on reconnait une vraie artiste, libre, engagée et différente.










