Sarah, Susanne et l’écrivain, Éric Reinhardt

Heureusement que je ne suis pas découragé par le talent d’Éric Reinhardt pour poursuivre ma carrière d’écrivain. Finaliste du prix Goncourt 2023, sans avoir lu les autres, il aurait peut-être mérité de le remporter.

Évacuons immédiatement ce qui peut déplaire, à juste titre, dans ce livre : quelques pages surabondantes et des tournures parfois prétentieuses. Oui, Éric Reinhardt a écrit un grand livre, il s’est éclaté pendant l’écriture. Il sait qu’il écrit bien à force de l’entendre. Je comprends que son écriture puisse déplaire, lasser, agacer, mais dans mon cas, une telle justesse, une telle fluidité, une telle maîtrise me déplaira, lassera et agacera toujours moins que des livres « adorés » par le grand public, nid à mièvreries écrit avec 5 verbes pauvres.

L’histoire : une femme, Sarah, contacte un écrivain pour qu’il s’inspire de sa vie pour un roman. Alors l’écrivain crée le personnage de Susanne. Susanne a 44 ans, marié, deux enfants. Son mari n’est guère présent le soir, il s’isole dans sa cave. Pas de quoi divorcer, mais Susanne-Sarah s’en retrouvent frustrées. Le détonateur est quand elles se rendent compte qu’elles possèdent 25 % de la maison et les 75 % sont au mari. Je suis docteur en droit, c’est une erreur classique dans un couple, souvent au détriment de la femme : « Paye la bouffe et les trucs pour les gosses, je paye le reste ». La bouffe est bouffée, l’électricité est consommée, et au moment du divorce les biens physiques demeurent dans le patrimoine de l’un.

Bref, Susanne-Sarah (On s’y perd, on ne sait plus qui est qui, mais ce n’est pas important, c’est même voulu) se fâchent et décident de partir 3 mois vivre dans un autre logement pour ressouder leur amour. Les conséquences vont être désastreuses.

Il est possible que ce livre soit mon livre de l’année, après L’Épervier de Maheux en 2023 et l’Anomalie en 2022.

Non seulement je ne me suis pas ennuyé, mais j’ai souffert avec ces deux femmes. Je me mettais en colère, je me sentais triste, chaque page que je lisais m’enfonçait dans des émotions désagréables pendant un week-end pascal pluvieux. Et qu’est-ce qu’un grand livre sinon un récit bien écrit et qui procure une émotion ?

Sarah, Susane et l’écrivain est un livre original et remarquable. Je le recommande à celles et ceux qui ont envie de se sentir vivants pendant une lecture.

Adieu ma honte, Ouissem Belgacem

Ce livre a été écrit en collaboration avec Eléonore Gurrey.

On m’a demandé d’animer une rencontre littéraire à Lisbonne, parce que je suis gay et écrivain. Comme lui, j’ai écrit un récit autobiographique, Namaste Sirji ! Un prof en Inde, et mon dernier livre, Comme il faut, traite notamment de l’homosexualité d’un Français issu d’une famille maghrébine.

J’ai mangé du Ouissem Belgacem pendant trois jours : le livre, interviews et le premier épisode d’une série télévisée sur Canal +.

Il existe des personnes qui ont des destins extraordinaires. Fils de parents tunisiens, Ouissem grandit dans une cité d’Aix-en-Provence. Une mère aimante et lettrée, un père complexe qui décède jeune. L’enfant Ouissem a tout pour lui : mignon, intelligent, sympathique, il aime son quartier et se retrouve choyé par ses 4 sœurs et sa mère. L’argent manque mais ni les valeurs ni l’amour. Doué à l’école, il l’est tout autant au football. Repéré, il intègre adolescent un centre de formation à Toulouse. Comme tout homosexuel qui se découvre, il subit l’homophobie, une homophobie exacerbée dans ce milieu. Il va tout faire pour ne pas céder à la tentation, comme si c’était un péché.

Comment s’épanouir en étant maghrébin, musulman, désargenté et homosexuel dans une France qui ne laisse pas de chance à tout le monde ? Le football, à condition d’être hétérosexuel.

Ouissem Belgacem nous livre un témoignage remarquable, courageux, sensé, clair et percutant.

Ce fut un plaisir pour moi, né en 1982, de lire le témoignage d’un homme de ma génération qui a vécu comme moi à Toulouse. Steevy, Gérard des filles à côté, le Shanghai, Édouard Louis…  

Ce livre est fluide, à chaque fois que je me posais une question, la page d’après y répondait. Ce livre est écrit justement comme dans une série et les épisodes s’enchaînent. La force de l’auteur est son intelligence qui le fait douter.

D’une manière surprenante, j’ai été davantage touché et même intéressé par… les chapitres de sa carrière de footballeur !

Pourquoi ? Parce qu’il y met plus d’émotion. Quand la thématique concerne son homosexualité, par pudeur, par souci de protéger les siens, Ouissem Belgacem se délivre moins. Lisez la page quand il quitte le centre de formation et vous verrez plus d’émotion. On m’a fait le même reproche pour mon premier livre, Namaste Sirji ! Un prof en Inde :  un « manque d’émotion ». Pourtant, j’en ai raconté des moments intimes.

Vous allez vous moquer, mais j’ai pensé dès les premiers chapitres « L’auteur est Capricorne ». J’ai vérifié et bingo ! Un livre à l’image de son auteur : ambitieux, maîtrisé, sérieux, pudique et froid. Est-ce la meilleure stratégie pour transmettre son message ? Je ne sais pas. Ce qui m’a manqué, et je rejoins certains bémols : et l’amour dans tout cela ? Que l’auteur ne nous raconte pas ses ébats, cela peut se comprendre. Mais l’amour, une des plus belles aventures humaines ? C’est justement le moteur qui permet à bien des homosexuels de s’affirmer, quand ils ont quelqu’un. Que peut-on reprocher à deux êtres qui s’aiment ? Le chapitre inédit aurait pu corriger ceci.

Je suis ravi d’avoir lu Adieu ma honte et encore plus de rencontrer l’auteur le 19 avril à l’Institut français de Lisbonne. J’ai beaucoup de questions à lui poser, sans complaisance : sur son rapport à la masculinité, sur sa vision des homosexuels, sur ses relations avec la fédération française de football, sur l’homophobie en général.

Un livre à mettre entre toutes les mains, qui permet d’ouvrir le débat dans d’infinies directions.

Fin de race, Francis Demarcy

Lors d’une séance de dédicaces, à Amiens, à la librairie du Labyrinthe, j’ai rencontré Philippe, un libraire à l’ancienne : cultivé, passionné, curieux, ouvert et généreux. Le dernier des Mohicans, connu dans toute la région.

Philippe est aussi un éditeur : Les éditions du Labyrinthe qui publient une dizaine d’auteurs.

Le marché du livre, c’est comme celui de la mode. Une poignée d’hommes et de femmes décident. Quelques maisons d’édition choisissent ce que nous allons lire, dans l’espoir qu’une vingtaine de journalistes daignent présenter leurs auteurs. Et la mayonnaise prend ou pas, à la fin, c’est toujours le lecteur le juré.

Cette fois-ci, j’avais envie d’une lecture plus originale. On m’offre un livre, alors il mérite une chance. Les éditions du Labyrinthe font partie de ces 13000 maisons d’édition en France. Parfois connues localement ou exploitant une niche, elles sont les grandes oubliées bien qu’elles participent davantage à la culture.

Fin de race, c’est l’histoire d’un tout juste sexagénaire, Guillaume, blessé par un accident de la route, qui a besoin d’une aide à domicile, chez lui, en Picardie. Cet ancien agriculteur a vendu le domaine de sa famille pour rembourser les dettes de l’accident dans lequel il était responsable. Arrive Dorothée, une femme qui approche les 40 ans. Cette aide à domicile, pas faite pour le ménage, y excelle, car elle est douée avec les vieux. Dorothée est lesbienne, et vivre en milieu rural ne l’aide pas à trouver l’amour ou ne serait-ce qu’une nuit.

Ces deux-là vont vite s’entendre autour de leur passion pour le rock, chacun adepte d’une période différente.

Fin de race fut pour moi une agréable surprise. Le style de Francis Demarcy, simple et direct, parfois argotique, fonctionne avec l’authenticité des personnages. Les chapitres s’enchainent aisément, avec des techniques différentes, on passe du passé simple au présent, on change de narrateur, sans être perdu.

Francis Demarcy a lu Houellebecq, sans suivre ses envolées poétiques. C’est dommage. Il a lu aussi Despentes, notamment Vernon Subutex, sans suivre la vulgarité. C’est mieux, dans ce cadre picard et paysan.

Fin de race plaira aux lecteurs qui éprouvent le besoin de partir dans un milieu rural, avec des personnages plutôt ordinaires qui ne se disputent pas. Fin de race n’est pas un page-turner aux rebondissements à chaque chapitre. C’est surtout un hommage à l’amitié et l’amitié, cela se construit jour après jour.

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Prix Goncourt 2004, le premier pour Actes Sud.

Les Goncourt se résument en deux catégories (d’après ce que j’ai compris) :

– Des livres complexes, au style unique. Trois femmes puissantes, de Marie Ndiaye. L’Epervier de Maheux, Jean Carrière. J’ai eu du mal avec le premier, le deuxième m’a estomaqué.

– Des livres plus accessibles, avec un style plus commun : Chanson douce de Leïla Slimani.  

Le soleil des Scorta est un Goncourt accessible, grand public. Il reste un très bon livre, parce que l’histoire fonctionne. Une famille italienne des Pouilles sur plusieurs générations. On y est, dans le sud de l’Italie.

Ce livre est très apprécié et il mérite cette estime. Les pages se tournent à grande vitesse, les évènements s’enchaînent avec fluidité. S’il possédait une densité, il ressemblerait un peu à 100 ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Gaudé l’a lu, sûr. Cette touche de réalisme magique se retrouve quand chaque Scorta pressent qu’il va mourir.

Laurent Gaudé est un des rares écrivains capables d’écrire des livres différents, il se renouvèle. Vous pouvez offrir ce livre à un amoureux de l’Italie comme je l’ai fait, mon ami a apprécié ce cadeau.

Pour conclure, voici ce qui m’a le plus plu dans ce livre : une morale. Chaque Scorta déshérite la génération suivante, la nouvelle génération héritera des valeurs et des défauts de ses ancêtres, sans biens, à elle de trouver sa place, sans cuillère d’argent dans la bouche. Les plus beaux passages du livre, hormis des descriptions ensoleillées, imposent cette réflexion sur le déterminisme social. L’argent ne fait pas tout. Pas un Scorta. Pas une vraie famille.

La définition du bonheur, Catherine Cusset

Avant de lire un livre, je consulte les critiques sur Babelio. Des commentaires plutôt négatifs.

Au début de ma lecture, et jusqu’aux 4/5, je me suis dit « Que les gens sont vaches ! Ce n’est pas si mal ! ».

Cette histoire de deux femmes à travers plusieurs décennies me semblait fluide, avec des rebondissements adroits. Le style simple, sans être simpliste, soutenait une histoire plus complexe. Je lisais ce livre après le confus Western de Maria Pourchet. Je respirais.

Bref, j’ai pensé « Les gens n’ont aucune culture littéraire ».

Vint la lecture du dernier cinquième. Le mieux est l’ennemi du bien. Une indigestion de thèmes, la conquête de Mars aurait été un épilogue plus adroit.

Ravi de passer au suivant. La Définition du bonheur n’est pas un mauvais livre, certes. Il n’est pas bon non plus. Guère envie de poursuivre ma route avec cette autrice même si ses partisans conviennent que ce n’est pas son meilleur livre.

Western, Maria Pourchet

J’ai du mal à écrire cet avis.

D’un côté, un réel talent, avec des passages percutants, au style original. Par exemple, la phrase de deux pages pour transcrire la confession d’une jeune victime. Je suis un admirateur de son travail, c’est le troisième livre que je lis.

D’un autre côté, à force de courir derrière le Goncourt, on ne gagne que Télérama. J’avais hâte de finir ce livre court. Je me suis ennuyé et perdu dans les 80 % du livre. Si je suis content de l’avoir lu, comme on est content de suivre un auteur apprécié, j’ai envie de lui dire « Stop ! Tu vas trop loin. Tu nous perds. On ne sait même plus quel éditeur veut te suivre. Tu es passée de la sociologue de génie à la prof de lettres assommante ».

Les grandes villes n’existent pas, Cécile Coulon

« Cette histoire n’en est pas une. Ce n’est ni un roman ni un essai. Ni un conte ni un documentaire. Pas même un témoignage. C’est un regard, un regard d’abord patiemment aiguisé, posé en silence sur les terres auvergnates. »

Soit. Ce court regard, une œillade presque, m’a paru intéressant. Ce livre de 2015, écrit par une jeune autrice de 25 ans à l’époque (qui se croit loin de l’adolescence, mais qui comprendra vite qu’on n’en est pas loin, à 25 ans) offre une multitude de pistes de réflexion. C’est le livre idéal pour débattre ensuite, pour rafraichir nos souvenirs : la salle des fêtes, l’église, le stade, les transports, le système de soins. Cécile Coulon, dans un style clair, d’une grande maturité, ne juge pas, n’encense pas.

J’ai grandi dans un monde semi-urbain, à 13 km de Montpellier, à Castries, lieu de mon dernier livre, Comme il faut. 3400 habitants quand je suis né, presque le double aujourd’hui, plus grand-chose de rural. Si je n’ai pas connu le monde rural de l’autrice (800 habitants, dans un village isolé), j’ai connu, surtout à l’époque, le manque de transport public, les rites religieux, la sécurité, le collège avec des enfants d’autres villages, le lycée loin de tout, etc.

Bien envie de lire à nouveau cette autrice.

Carnet de mémoires coloniales, Isabela Figueiredo

Imaginez. Vous êtes né(e) au Mozambique, du temps de la colonie portugaise. Vos parents, des Portugais qui ont fui la pauvreté pour un avenir meilleur, ont amélioré leur sort et préparent votre futur.

Votre père, vous l’aimez. Plus peut-être que votre mère, en tout cas, il vous fascine. Il règne sur son foyer, rien d’exceptionnel à l’époque. Il n’hésite pas à vous battre, à vous punir, à vous chérir, il décide et on ne discute pas.

Votre père est un colon, avec tous les travers du colon. Raciste, capricieux, intolérant, violent. Attention, vous n’êtes pas nés dans une famille de riches colons. Non, une petite classe moyenne ou même populaire qui s’offre des plaisirs uniquement parce que d’autres n’en ont pas et vous servent.

Vous aimez votre père, mais vous vous sentez différent(e) de lui. Vous n’allez pas vous mélanger aux Noirs, c’est interdit, mais vous ne comprenez pas pourquoi, dès votre enfance.

Votre père vous prie avant de monter dans l’avion de raconter ce que les « nègres » (le mot est employé tout au long du livre) font aux Blancs. Votre père rêve d’une Afrique blanche sur le modèle de l’Afrique du Sud, débarrassée du Portugal.

Des années plus tard, vous souhaitez écrire sur cette période, vos dernières années sur votre terre natale, avant le retour au Portugal dans le plus grand dénuement.

Vous allez livrer un témoignage, une petite histoire dans la grande. En trahissant votre père, à qui vous dédiez ces pages.

Dans ce court récit autobiographique, un best-seller primé au Portugal et publié aux éditions Chandeigne, Isabela Figueiredo, dans un style sans fioriture, bouleverse nos certitudes et notre indifférence. Après la lecture, une lecture à approfondir grâce à l’excellente préface de Léonora Miano, vous ne serez plus tout à fait le même ou la même. N’est-ce pas le signe d’un grand livre ?

Son odeur après la pluie, Cédric Sapin-Dufour

Alléché par ce succès inattendu, vendu comme l’histoire d’un petit prof d’EPS et son chien, j’étais curieux, surtout que j’ai peur des chiens (de leurs maîtres plus précisément) et je suis un dingue de chat.

La première question que je me suis posée : les fous de chien vont-ils aimer Son odeur après la pluie ? La réponse est oui, à l’instar de Jean-Paul Dubois qui offre une excellente préface (D’habitude, je ne le lis jamais, elles m’ennuient). 7,5 millions de chiens en France, sans compter le monde francophone, ce livre va être un cadeau idéal : « Prends-lui ça, la couverture avec le chien, j’ai vu un truc sur BFM et elle nous gonfle tellement avec son clébard ! ». Je vais moi-même l’offrir à une amie vétérinaire pour connaître son opinion.

Je pense que Cédric Sapin-Dufour décrit avec justesse l’amour entre un homme et son chien. Il les aime tellement qu’il en adopte deux autres, des grands. Il trouve une compagne qui partage sa passion. Ils sont passionnés de chien et pour eux, ce ne sont même pas des sacrifices. Beaucoup s’identifieront à eux.

Et les autres ? Je suis dubitatif.

D’abord, si j’apprécie quand un auteur chercher à tourner un minimum ses phrases, entreprend un effort ; ici, cela en devient parfois grotesque. Surtout au début du livre, Cédric Sapin-Dufour ne savait pas comment débuter, alors qu’il avait bien sûr la fin en tête, chaude et tragique. Pour rendre intéressantes des banalités, il tente un style littéraire confus :

 Il est ainsi des pics de l’existence qui invitent les géographies de l’enfance, nostalgie d’un temps où les rêves faisaient foi, évidents, irrévocables, insensibles aux monitions des prophètes de pacotille, experts en lendemain malaisés, ceux qu’on appelait les vieux.

Il cherche le bon mot, comme « cénotaphe », mais un cénotaphe ne contient pas le corps du défunt, en Inde, j’en ai visité et nos monuments aux morts en sont.

De plus, l’auteur m’a paru peu sympathique. Attention, personnalité de l’auteur m’indiffère dans un livre, sauf et c’est le cas ici, quand c’est une autobiographie. Cédric Sapin-Defour et Ubac le bouvier bernois sont les personnages principaux. En résumant son récit, si vous n’aimez pas les chiens, vous êtes des imbéciles. Et ce monsieur ne peut pas s’empêcher, surtout au début, il ne sait pas quoi écrire, de lancer des réflexions.

Finalement, ce sentimentalisme ne fait de mal à personne sauf à l’humanité tout entière négligeant la force souveraine des uns, niant l’arrogance des autres, oubliant qu’une poignée de milliards d’hommes mériteraient d’être choyés de la sorte.

Là, il fait la morale à ceux qui achètent des gadgets pour leurs chiens. Lui, il a payé 900 euros le sien. Chacun est libre de dépenser son argent comme il veut et devrait éviter de mettre son nez dans les dépenses des autres.

Enfin, je n’ai pas été touché. Je pensais réveiller le petit enfant qui pleurait devant la mort d’un animal. Raté ici, tant l’amont fut prétentieux et moralisateur.

En conclusion, je suis content d’avoir eu la curiosité de lire Son odeur après la pluie, sans en être la cible. Je le note sévèrement, peu enclin à valoriser leur quotidien. En revanche, je comprends son succès et je ne nie pas son intérêt pour les cynophiles.

Chanson douce, Leïla Slimani

Chanson douce est un très bon roman. C’est dit.

Mais de là à gagner un Prix Goncourt en 2016 ? J’avais déjà lu Dans le jardin de l’ogre, son premier roman et je peux même dire que je l’ai préféré à Chanson douce. Le sujet, une nymphomane, m’avait semblé plus original. J’avais écrit « Au niveau du style, le choix du présent et du passé composé ainsi que des phrases courtes confèrent au récit une simplicité contrebalancée par un souci du détail ».

Désolé, pour Chanson douce, je ne vois pas en quoi le style (certes très bon) mérite un tel prix. Leïla Slimani a dû être surprise la première. Quelqu’un peut me l’expliquer ? J’ai lu Trois femmes puissantes, de Marie Ndiaye, Goncourt 2009, livre que j’ai beaucoup moins aimé, mais qui a vraiment un style particulier, reconnaissable. C’est mon fameux critère de copier des phrases et avec Chanson douce, je n’ai rien noté.

Quelle est l’histoire ? Une famille de petite bourgeoisie embauche une nounou, une dame indispensable et vite inquiétante. On sait dès le premier chapitre qu’elle tue les enfants. D’ailleurs, fallait-il le dire dès le début ?

Ce livre plait et plaira à tous ceux et surtout celles – car les deux personnages principaux sont deux femmes – qui s’intéressent à la maternité, la différence de classes, la charge mentale sur les femmes, leur culpabilité à travailler pendant que l’homme ne se pose guère de questions.

J’ai apprécié les petites piques de l’autrice, par exemple sur le racisme, bien trouvées et pas manichéennes.

À noter qu’un film, Chanson douce, avec l’excellente Karin Viard est sorti en 2019 et j’ai très envie de le voir, avec une telle actrice. Apparemment, il est librement inspiré. Quelqu’un l’a vu ?